Deux ans avant la retraite, un professeur de Mons se pose une question très simple : que faire de tout ce qu'on aime transmettre quand les classes s'arrêtent ? Alain Kicq a trouvé la réponse en s'inscrivant à l'examen de guide organisé pour Mons 2015, l'année où la ville était capitale européenne de la culture. Onze ans plus tard, à 77 ans, il vient de repasser devant un jury, celui qui l'autorise à conduire le public dans l'exposition Marc Chagall. Matières, au CAP.
Le détail compte : on ne s'improvise pas guide d'une exposition de ce calibre. Le mois dernier, Alain a donc présenté un nouvel examen, propre à cette exposition-là. « Comme j'aime transmettre, je me suis dit que j'allais tenter l'examen », raconte-t-il à propos de la toute première fois. La recette n'a pas changé : l'envie de raconter, et le trac de l'oral.
Son premier terrain de jeu, en 2015, porte un nom qui sent la poussière de charbon : l'exposition consacrée à Vincent van Gogh au Borinage, au musée des Beaux-Arts de Mons. « C'était merveilleux ! », dit-il aujourd'hui. Depuis, sa carte de visite s'est allongée. Alain guide aussi au Mons Memorial Museum, au musée du Doudou et au beffroi, c'est-à-dire du champ de bataille de 14-18 à la ducasse montoise, en passant par le clocher qui domine la ville. Quatre lieux, quatre manières de raconter Mons.
Autant dire qu'il arrive devant Chagall avec un solide bagage de terrain. Le musée des Beaux-Arts, rue Neuve, forme aujourd'hui le CAP avec la maison des Collections, installée dans l'ancienne maison Jean Lescarts, et le jardin du Poirier Beurré, qui relie les deux bâtiments entre collection lapidaire et permaculture. Particularité à connaître : le musée n'ouvre ses portes que pendant ses expositions temporaires. Il a déjà reçu Van Gogh en 2015, Niki de Saint Phalle en 2018, Roy Lichtenstein en 2020, Joan Miró en 2022 et Auguste Rodin en 2024.
Ce que le public y trouve, depuis le 10 octobre, c'est un Chagall vu par la matière. Plus de 200 œuvres et documents : une tête en marbre de Carrare, Deux têtes à la main, taillée vers 1952-1953 ; un verre doublé bleu sur blanc, Double profil, gravé puis peint à la grisaille vers 1964 ; des tapisseries, des costumes de scène, des céramiques. L'homme naît en 1887 à Vitebsk, dans l'actuelle Biélorussie, sous le nom de Movsha Shagall, et ne devient Chagall qu'après son installation à Paris, en 1910. Il meurt en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, après une vie partagée entre la Russie, la France et les États-Unis.
Voilà le genre de parcours qui se prête bien à un guide : chaque salle peut ouvrir sur une anecdote, un geste d'artisan, une question de visiteur. Pour la tapisserie, par exemple, l'exposition rappelle la lissière Yvette Cauquil-Prince, passée par l'Académie des Beaux-Arts de Mons. Pour la pierre, elle évoque le travail de Chagall avec Lanfranco Lisarelli. Un guide montois qui connaît la ville a de quoi relier ces destins à la rue d'à côté.
Son parcours dit quelque chose d'une ville qui a fait de la médiation une affaire d'habitants : on forme des guides, on les fait passer devant un jury, et on les retrouve ensuite au beffroi, au musée du Doudou ou dans les salles du CAP. À 77 ans, il prouve qu'on peut apprendre un nouveau sujet, le défendre devant des examinateurs et le raconter à des inconnus.
Pour le croiser, ou croiser ses collègues, le plus simple est de viser les visites guidées pour individuels du troisième dimanche du mois : les 15 novembre, 20 décembre et 17 janvier, à 10h30, 10h50, 15h30 et 15h50, au prix de l'entrée plus 4 €. Le dimanche 29 novembre à 10h30, c'est Xavier Roland, qui dirige le CAP, qui conduit lui-même la visite, au même tarif. Rien ne dit qui guidera quel créneau : on n'écrit donc pas qu'Alain sera là, on écrit qu'il en fait partie, et que la visite est faite pour ça.
Reste la question que posent toutes les visites guidées : à quoi sert quelqu'un qui parle, quand les cartels sont là, au mur ? À entendre la phrase qui ne figure sur aucun panneau, à poser sa question à voix haute, à regarder le même tableau avec quelqu'un qui l'a déjà vu cent fois et qui le regarde encore. C'est le métier que choisit Alain, et il le choisit sans avoir besoin d'en faire un monument.
Le CAP propose en outre des visites sensibles et des conférences autour de l'exposition, dont celles du 19 novembre et du 4 février 2027, et des séances de ciné-expo les 8 novembre et 24 janvier. Tout le programme se trouve sur la page de l'exposition de visitMons, qui détaille les dates et les tarifs. Si vous hésitez entre un après-midi seul face aux œuvres et une visite à plusieurs, l'histoire d'Alain plaide pour la seconde. L'exposition est ouverte du mardi au dimanche, de 10h à 18h, avec une dernière entrée à 16h30, et l'entrée est gratuite les dimanches 6 décembre, 3 janvier et 7 février.
Comment devient-on guide ? Alain était enseignant, il s'est demandé ce qu'il ferait après, et il a tenté l'examen. Pas de grand plan, pas de vocation tardive proclamée. Un homme de Mons, une ville qui change de visage à chaque exposition, et l'envie de la faire connaître. Chagall n'est que la dernière page de ce carnet-là, jusqu'au 14 février 2027.
Marc Chagall. Matières, du 10 octobre 2026 au 14 février 2027 au CAP, Musée des Beaux-Arts de Mons, rue Neuve 8, 7000 Mons. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, dernière entrée à 16h30. Entrée 17 €, senior 12 €, enfant et étudiant·e 2 €, Article 27 accepté. Gratuit les dimanches 6 décembre, 3 janvier et 7 février. Visites guidées pour individuels les 15 novembre, 20 décembre et 17 janvier (10h30, 10h50, 15h30, 15h50), entrée + 4 €. Billetterie sur visitmons.be, infos sur musees-expos.mons.be.
Visuel de l'exposition Marc Chagall. Matières : © Archives Marc et Ida Chagall, Paris © SABAM 2026 (visitMons).