Au début des années 2000, la chaîne de télévision régionale Notélé a lancé un appel aux habitants de la Wallonie picarde : sortez les bobines qui dorment dans vos greniers, on les numérise. Le succès a été immédiat. Il en est arrivé environ 6 000, des films en super 8 et en 16 mm, des films de famille, des documentaires, des courts-métrages de vidéastes amateurs. Le fonds couvre les années 1940 jusqu'au début des années 1980, et il est resté inexploité pendant des années. Jusqu'à ce que deux musiciens aient l'idée d'aller y fouiller.

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Ces deux musiciens, ce sont Eloi Baudimont et Benjamin Macke. Ils ont déjà beaucoup donné dans le ciné-concert, mais jusque-là sur des classiques du muet. Ici, la matière est tout autre : des images tournées pour garder un souvenir, pas pour faire du cinéma. Ils les ont triées par thèmes, comme on range des photos dans une boîte à chaussures : les fêtes de famille, la danse, les bistrots, la gymnastique, les machines, les jeux d'enfants.

Ce qui les a touchés, c'est autre chose que le pittoresque. Les scènes sont souvent filmées en intérieur et ne montrent pas de lieux reconnaissables : elles parlent de ce qui se passe entre les gens. Les regards, les gestes, les rires quand quelqu'un s'aperçoit que la caméra tourne, ou plutôt quand personne n'y prête plus attention. C'est l'époque d'avant le selfie et les réseaux sociaux, où l'on filmait sans poser.

Côté musique, la base est volontairement simple : le piano d'Eloi Baudimont et l'accordéon diatonique de Benjamin Macke, qui joue aussi de la basse au pied. Les deux se démultiplient en direct grâce à des boucles et transforment les timbres au fil du morceau, ce qui donne des superpositions orchestrales à partir de deux paires de mains. Les thèmes ont été composés à quatre mains, à partir d'improvisations, et ressemblent à de bonnes vieilles ritournelles qui auraient toujours existé.

Le dispositif ne fait pas des musiciens de simples accompagnateurs. Dans un ciné-concert classique, ils se font oublier derrière l'écran. Ici, le regard passe tantôt à l'image, tantôt à la musique : les images inspirent la musique, et la musique soutient les images. Le metteur en scène Eric De Staercke parle d'un partenaire de jeu plutôt que d'un décor sonore, avec un clin d'œil au cinéma burlesque, modernisé et teinté de poésie et de surréalisme. Autour d'eux, Thu-Van Nguyen signe la scénographie et les costumes, Chantal Notté pose le regard extérieur, Gauthier Bourgois assure la régie et Denis Glinne supervise les logiciels vidéo.

Les deux hommes ont des parcours qui se croisent à Tournai. Eloi Baudimont, né à Tournai en 1971, compose pour le théâtre, la chanson, la danse, le cirque et la télévision, et a dirigé la fanfare de Mourcourt de 1995 à 2008. Il dirige depuis 2009 le Grand orchestre national lunaire de La Louvière et La fanfare détournée de Tournai, et codirige depuis 2013 l'orchestre belgo-palestinien Al Manara avec Ramzi Aburedwan. Il a reçu le prix du Hainaut des Arts de la scène.

Benjamin Macke, né à Hazebrouck en 1983, est passé de la percussion classique et de la batterie de jazz à l'accordéon diatonique en 2001. Avec son groupe Shillelagh, il parcourt l'Europe depuis une vingtaine d'années, et le ciné-concert est devenu pour lui une discipline à part entière dès 2005. Il a aussi créé un cours d'accordéon à Tournai, aujourd'hui accueilli au Conservatoire.

Le spectacle n'est pas sorti de nulle part. Il a été produit par la maison de la culture de Tournai, qui l'a accueilli en résidence en avril 2022, avec la compagnie Macke-Bornauw et Notélé en coproduction, et avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Province de Hainaut. Il a ensuite tourné, du Théâtre des Riches-Claires à Bruxelles à la salle communale de Mourcourt, de la péniche-spectacle du Ventre de la Baleine à Bassenge à l'Arrêt 59 du centre culturel de Péruwelz.

Jeudi, il atterrit à Comines, au Club (de Jazz) de l'asbl Open-Music, place Sainte-Anne. Ce club programme des concerts de jazz et de blues, avec une saison qui compte 27 concerts et 4 conférences-débats jusqu'à fin 2026. Le spectacle s'inscrit dans les cafés 7 philo, des conférences-débats nées d'une collaboration entre sept instances locales : Bibliolys, le centre culturel de Comines-Warneton, le PAC Cowa, la société d'histoire de la région, deux Rotary-Clubs et Open-Music.

Le sujet est très concret : le temps qui passe, raconté avec des images et des sons plutôt qu'avec des mots. La proposition de l'organisateur tient en une phrase : un spectacle drôle, émouvant, plein d'images et de sons, qui donne aussi à réfléchir sur ce que le temps fait de nous. Un café philo qui s'ouvre ainsi à la musique et au cinéma.

La soirée est courte et sans entracte : le spectacle dure environ une heure, et la séance est annoncée de 19h à 20h30. Les tarifs sont doux : une place à 5 €, ou un pack à 14 € qui inclut la carte de membre d'Open-Music, laquelle donne ensuite 5 € de réduction sur chaque concert du club. Les places se prennent en ligne, sur la billetterie de l'organisateur.

Au fond, la proposition est simple et un peu vertigineuse : 6 000 bobines, une région entière qui se regarde à travers les films de ses greniers, et deux musiciens qui lui prêtent des ritournelles. Il reste à découvrir qui sont les Dugaumier du titre, et ce qui se passe chez eux pendant ce temps-là.

Jeudi 5 novembre 2026, de 19h à 20h30 · Le Club (de Jazz) Open-Music, place Sainte-Anne 13, 7780 Comines-Warneton · 5 € (pack « conférence + carte de membre » à 14 €) · réservation : billetweb.fr · openmusicjazzclub.be

Visuel : fiche septmille.be (visuel officiel du spectacle). Photos de presse du spectacle : © Geert Vanderslagsmolen.

Publié le 4 Novembre 2026 par
sgfsgs
Casteleyn Alexandre
Photographe
Vidéaste

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