Bienvenue dans Marc Chagall. Matières, une exposition ouverte depuis le 10 octobre et jusqu'au 14 février 2027, avec plus de 200 œuvres et documents.

Chagall portrait

Un garçon de Vitebsk

L'homme qu'on y fête naît en 1887 à Vitebsk, dans l'Empire russe, sur le territoire de l'actuelle Biélorussie. Il s'appelle alors Movsha Shagall et ne devient Chagall qu'après son installation à Paris, en 1910. Le parcours part de ce terreau d'icônes, de gravures populaires russes, d'objets rituels et de jouets d'Asie centrale. La ville natale revient jusque dans les titres, comme celui d'Homme-coq au-dessus de Vitebsk (1925), une huile sur papier épais contrecollée sur carton. Chagall meurt en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, après une vie partagée entre la Russie, la France et les États-Unis.

Ambre Gauthier, l'une des deux commissaires, résume ce fil : « Il y a un point de départ qui est sa naissance en Russie et après c'est une œuvre qui se nourrit de toutes les expériences singulières et collectives qu'il va faire, en France, en Allemagne, au Mexique, aux États-Unis. » Historienne de l'art, elle dirige les Archives Marc et Ida Chagall à Paris, partenaires du projet. Elle signe l'exposition avec Cecilia Braschi, historienne de l'art et commissaire indépendante. Au Mexique, Chagall découvre les formes et les couleurs de l'artisanat préhispanique ; autour de la Méditerranée, des traditions millénaires.

Le titre au pluriel dit la méthode. « Le titre de l'exposition Matières c'est pour résumer l'exploration de la matière que l'on propose au travers de cette exposition : la matière picturale, la matière céramique, la matière sculptée, la matière textile », explique Ambre Gauthier. Le parcours avance donc par techniques plutôt que par dates. Beaucoup de pièces viennent de collections privées, « donc beaucoup d'inédits et de choses qu'on a jamais vues ailleurs », ajoute-t-elle. Meret Meyer, petite-fille du peintre, y voit « un Chagall complet, tel que lui il aurait aimé qu'il soit présenté ».

Les mains des autres

Après la Seconde Guerre mondiale, Chagall s'installe à Vence. À Vallauris, il pousse la porte de l'atelier Madoura de Suzanne Ramié, que fréquente aussi Picasso, et y modèle des céramiques qui sont de véritables vases-sculptures. La pierre, il la travaille avec le praticien Lanfranco Lisarelli. Le bronze a sa place aussi, avec La Bête fantastique ou L'Âne ou Cheval fantastique, fondue en 1959, dont le titre hésite entre deux animaux. Chaque fois, un savoir-faire précis, et quelqu'un qui le maîtrise, se tient entre l'idée du peintre et l'objet fini.

Le vitrail le mène à Reims, chez les maîtres verriers Charles Marq et Brigitte Simon. L'expérience ramène la transparence et la lumière jusque dans sa peinture, et c'est l'un des fils que suit l'exposition : chaque technique revient nourrir la toile. Les verres plaqués, gravés et peints du parcours en donnent la mesure, à commencer par le petit Double profil. Sur la terrasse du musée, le Hennuyer Ivan Vanaise prolonge la conversation avec un cycle de vitraux conçu pour l'occasion.

Et puis il y a la laine. Yvette Cauquil-Prince, née en 1928 à Damprémy, passe par l'Académie royale des Beaux-Arts de Mons avant d'apprendre la tapisserie en grande partie seule, en étudiant les textiles coptes et les tentures du Moyen Âge et de la Renaissance. C'est Madeleine Malraux qui la présente à Chagall, au milieu des années 1960. Le peintre la surnomme « le Toscanini de la tapisserie », lui confie ses gouaches et lui fait promettre de continuer à les tisser après sa mort. Elle tient parole jusqu'à sa propre disparition, en 2005.

Parmi les tapisseries exposées figure David et Bethsabée (1973), tissée en basse lisse, laine et coton, d'après une lithographie. Le théâtre complète ce tour des ateliers : en 1942, pour le ballet Aleko, Chagall peint sur taffetas de soie le costume d'Une Gitane aux cartes, pour la deuxième scène. Restent les toiles, avec La Bastille (1953), de la série de Paris, peinte à l'huile, à l'encre de couleur et à l'encre de Chine sur 81 centimètres de haut et un mètre de large, ou le Clown musicien de 1969.

Chagall Matières Mons

Ce que vous pouvez y faire

Les 7 novembre et 23 janvier, de 10h à 16h, des dentellières travaillent dans les salles, sans supplément. Les 28 novembre et 5 décembre, de 13h30 à 17h30, l'artiste Eve Basselier propose une première approche du vitrail et la création de bijoux en vitrail (26 euros pour les deux séances, à suivre ensemble). Chaque samedi et dimanche, de 14h30 à 17h30, des médiateur·ices vous attendent en salle. Les 15 novembre, 20 décembre et 17 janvier, des visites guidées sont proposées, et Xavier Roland guide lui-même celle du 29 novembre à 10h30, pour 4 euros en plus de l'entrée.

Les familles ont leurs rendez-vous. Les dimanches en famille des 15 novembre et 31 janvier, à 10h, associent visite et atelier pour 6 euros, sur réservation au Dynamusée. Les séances DynaBB des 6 novembre et 5 février, de 14h à 16h, accueillent les bébés de moins d'un an, avec un massage parent-enfant. Des visites sensibles sont programmées les 22 novembre et 13 décembre à 9h, puis le 21 janvier à 17h30. Les « Visites inoubliables », menées avec la Ligue Alzheimer pour les personnes atteintes de la maladie, ont lieu les 14 novembre et 14 janvier à 9h.

Les soirées prolongent la visite. Anne Hustache parle de « Chagall, les sources intarissables du passé » le 19 novembre, Christophe Veys de « Chagall et les artistes de l'émerveillement » le 4 février, à 18h30 (6 euros), et Patricia Beudinpropose ses lectures Rêveries littéraires les 10 décembre et 21 janvier. Le Ciné-expo des 8 novembre et 24 janvierenchaîne visite guidée, film au Plaza et apéro du marché. Quant au premier dimanche gratuit, il tombe ce 1er novembre, avant ceux des 6 décembre, 3 janvier et 7 février.

Marc Chagall. Matières, du 10 octobre 2026 au 14 février 2027 au CAP, Musée des Beaux-Arts de Mons, rue Neuve 8, 7000 Mons. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, dernière entrée à 16h30. Entrée 17 €, senior 12 €, enfant et étudiant·e 2 €, Article 27 accepté. Gratuit les dimanches 1er novembre, 6 décembre, 3 janvier et 7 février. Billetterie sur visitmons.be, infos sur musees-expos.mons.be et au +32 65 33 55 80.

Publié le 28 Octobre 2026 par
sgfsgs
Casteleyn Alexandre
Photographe
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