Sur une table, des petites voitures avancent. Études, travail, famille : les étapes s'enchaînent, rassurantes et logiques, jusqu'au moment où quelque chose se dérègle et où le mouvement continue sans que le sens suive. C'est Désir Road, un road-movie miniature joué par Guillaume Alexandre et mis en scène par Aurélien Georgeault-Loch, de la compagnie bruxelloise Millenium Protokoll, fondée en 2024. Il se joue le mercredi 18 novembre à 21h à la Halle aux draps, sur la Grand-Place de Tournai. C'est l'un des rendez-vous du festival Découvertes, Images et Marionnettes, qui occupe la ville du 16 au 21 novembre.
Le festival est né en 2001 et revient tous les deux ans. Il est porté par le Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la compagnie Créa-Théâtre et le Musée des arts de la Marionnette. L'histoire du Centre commence il y a une trentaine d'années, quand la Ville de Tournai invite le Créa-Théâtre de Francis Houtteman à s'installer dans l'une de ses propriétés pour y créer un lieu consacré à la marionnette. Le musée, venu ensuite, occupe l'Hôtel Peeters et conserve environ 3 000 marionnettes et objets du monde entier.
Le quartier n'est pas anodin : c'est là que se sont développés les théâtres tournaisiens de marionnettes à tringle, les Poriginelles. Le nom dérive de Polichinelle et désigne de grandes marionnettes à tige, de 40 centimètres à un mètre de haut. Au XIXe siècle, la famille Jorio les faisait jouer en dialecte picard. Jusqu'au 22 novembre, le musée consacre une exposition à l'abbé Suys, qui leur a redonné vie dans les années 1940 et 1950 à la maison des ouvriers de la paroisse Sainte-Marguerite. D'autres pièces sont exposées dans des vitrines de commerces du centre-ville, avec une phrase mystère à reconstituer pour gagner des places.
Une ouverture pour toute la famille
Le coup d'envoi est donné le mardi 17 novembre à 19h, dans le hall de la maison de la culture, à prix libre. Matija Solce, du Teatro Matita, y joue E'beh?, une relecture de Pulcinella qui fait naître la marionnette à partir de presque rien. À peine vivante, elle affronte le Chien puis la Mort dans une joute qui se termine sans vainqueur, au rythme de l'accordéon. Durée 35 minutes, dès 4 ans. Le spectacle se joue en anglais, mais les quelques phrases clés sont traduites en direct avec la complicité de la salle. Matija Solce a été marionnettiste itinérant, acteur et musicien avant de porter sur les scènes ses spectacles de marionnettes et d'accordéon.
La soirée se poursuit avec Corps en prison, tête en cavale de la compagnie Succursale 101 et avec le Martin Kaspar Orkestar, qui signe aussi la musique de La Manékine, plus quelques surprises annoncées. La grande marionnette de déambulation fabriquée cet automne par des duos d'enfants et d'adultes, lors d'ateliers menés à la Maison de la Marionnette par Léa Tafforeau du Pipettes Collectif, doit y être présentée au public.
Le lendemain, mercredi 18 novembre à 19h, La Manékine arrive avec la compagnie française La Pendue, fondée par Estelle Charlier et Romuald Collinet, qui a notamment collaboré avec Ilka Schönbein et avec Leos Carax pour le film Annette en 2021. Le spectacle adapte un conte recueilli par les frères Grimm, La Jeune Fille sans mains : une jeune fille à qui l'on coupe les mains pour satisfaire le diable, part en quête de cette liberté. Sur scène, un duo formé d'un homme-orchestre et d'une marionnettiste. Dès 9 ans, 65 minutes, et une soirée combinée possible avec Désir Road à 21h.
Les écritures pour adultes
Le jeudi 19 novembre met à l'honneur la création en Fédération Wallonie-Bruxelles. À 18h, entrée libre pour Deux Mètres de Cécile Hupin, annoncé comme un mea culpa et une déclaration d'amour posthume, où les mots tentent une résurrection « façon Jurassic Park ». À 19h, Leïla Devin joue seule Cordelia ou la chair ingrate, qu'elle a écrit et mis en scène, et dont elle a construit les marionnettes. Une jeune femme veille son père mort. Des souvenirs de violence remontent, avec l'histoire qu'il lui racontait toujours, celle d'un vieux roi qui partage son royaume entre ses filles contre une preuve d'amour. Le parallèle avec le Roi Lear de Shakespeare la mène vers une lecture sociale de cette violence. Dès 14 ans.
À 21h, place aux Veilleuses d'Héloïse Meire et de la compagnie What's Up. C'est la nuit, dans un immeuble où seules trois fenêtres restent allumées. Derrière chacune, un duo formé d'une personne aidante et d'une personne aidée : une adolescente et sa mère, une femme et son père, un couple d'hommes. Leurs histoires se croisent sans un mot, avec des masques, à la manière d'un roman graphique qui prendrait vie sur scène. Plusieurs créations de What's Up ont été primées en Belgique, dont une par le Prix de la critique du meilleur spectacle.
Le vendredi 20 novembre à 19h, Hen arrive de Clermont-Ferrand, où Johanny Bert dirige le Théâtre de Romette. Hen est un personnage hybride, une diva enragée et virile à talons, qui joue des images masculines et féminines avec insolence et chante l'amour, les corps et la liberté. La marionnette, fabriquée par Eduardo Felix, est manipulée par Lucile Beaune et Johanny Bert, qui lui prête aussi sa voix, avec deux musiciens sur scène, Guillaume Bongiraud au violoncelle et Cyrille Froger aux percussions. Les chansons ont été écrites pour le spectacle, notamment par Pierre Notte et Marie Nimier, avec une reprise de Brigitte Fontaine. Dès 14 ans, 75 minutes.
À 21h, la maison de la culture accueille la première belge de History of Love, de la compagnie barcelonaise Agrupación Señor Serrano, fondée en 2006 par Àlex Serrano. Seule en scène, Anna Pérez Moya déplace objets, figurines d'argile et détritus devant une caméra qui filme en direct. De Roméo et Juliette à Daenerys, de Tristan et Iseut à Virginia Woolf, elle confronte les grands mythes amoureux à sa propre intimité, et compare l'amour à l'El Dorado, un trésor promis au risque de s'y perdre. Spectacle en anglais et en espagnol, surtitré en français, dès 14 ans, 80 minutes.
Les plus jeunes et le cabaret
Les enfants ont leur part tout au long de la semaine. Le mercredi 18 novembre à 15h30, Teckel rebelle ! de Racagnac Productions raconte une ville où un roi fraîchement couronné impose une seule couleur, le bleu, et où seul le chien ose grogner. Marionnettes, ombres colorées et musique jouée par Delphine Havaux, dès 8 ans. Le samedi 21 novembre, La Caravane des Mûchettes des 2 Fridas et d'Aline Mahaux s'installe place de Nédonchel à 11h, 14h et 16h, dès 4 ans, et les Jeunesses Musicales présentent à 15h Le secret de l'arbre, où des instruments du monde accompagnent un film en stop-motion.
Le festival se referme ce même samedi à 19h, à la Halle aux draps, avec le cabaret Matières subversives. En septembre, des artistes venus de la marionnette, du théâtre, de la danse et du cirque ont travaillé à Tournai avec Johanny Bert, chacun sur une forme courte déjà amorcée. Ce soir-là, ils montent sur le plateau avec d'autres invité·es pour montrer ces créations en chantier. Comptez deux heures environ, pour adultes et adolescent·es dès 14 ans.
Côté billets, la plupart des spectacles sont à prix libre en trois paliers : mini, le tarif plancher, conseillé, qui reflète le coût réel, et engagé, pour soutenir la création. Pour celles et ceux que la semaine aura rendus curieux, le musée prépare déjà la suite : du 1er juillet au 5 septembre 2027, l'exposition Matières vivantes posera son regard sur le métier de constructeur de marionnettes, celui qui fabrique les corps avant que d'autres mains ne leur donnent la vie.
Festival Découvertes, Images et Marionnettes, du 16 au 21 novembre 2026 à Tournai : Centre de la Marionnette, rue Saint-Martin 47, 7500 Tournai (entrée du musée temporairement rue Massenet), maison de la culture, avenue des Frères Rimbaut 2, 7500 Tournai, et Halle aux draps, Grand-Place, 7500 Tournai. Ouverture le mardi 17 novembre à 19h, prix libre. Spectacles de 8 à 16 €, au choix du palier, soirées combinées 20 €, réduit 14 €, Article 27 1,25 €. Billetterie en ligne sur festivalmarionnette.be, au Centre de la Marionnette du mardi au vendredi de 9h à 12h et de 14h à 17h, au +32 69 88 91 40, et à la maison de la culture du mardi au vendredi de 13h à 18h et le samedi de 9h à 13h.
Crédits visuels : Désir Road © Billy Miquel. E'beh? © Teatro Matita (photographe non précisé). La Manékine, La Pendue © Virginie Meigné. Les Veilleuses © Hubert Amiel. Hen © Christophe Raynaud de Lage.