L'image qui annonce l'exposition sur le site du Mundaneum porte un titre en deux mots : « Bloquons tout ». Le jeudi 19 novembre, de 18 h 30 à 20 h, l'institution de la rue de Nimy, à Mons, inaugure Douce violence, une exposition de photographies de Brieuc Van Elst, et organise le soir même une rencontre avec le photographe, gratuite sur réservation. Les images s'installent au rez-de-chaussée, la partie du musée où l'on entre sans billet toute l'année.
Depuis plus de cinq ans, Brieuc Van Elst photographie les mobilisations sociales sous toutes leurs formes : manifestations, actions militantes, occupations et autres gestes collectifs de résistance. Son travail se tient à la croisée du documentaire et de l'art. Il s'arrête sur les modes d'action, sur la répression et sur la communication autour des mouvements sociaux, et sur les multiples visages de l'engagement face aux rapports de force qui traversent la société.
Le titre sonne comme un paradoxe. Il s'éclaire avec le texte que le Mundaneum cite dans sa présentation, signé de l'archevêque brésilien Dom Hélder Câmara, auteur de Spirale de violence en 1970. Il y distingue trois violences : l'institutionnelle, « mère de toutes les autres », celle « qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations » ; la révolutionnaire, « qui naît de la volonté d'abolir la première » ; la répressive enfin, qui cherche à étouffer la seconde. Et il conclut : « Il n'y a pas de pire hypocrisie de n'appeler violence que la seconde, en feignant d'oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
De la forêt aux cortèges
Le premier terrain de Brieuc Van Elst, c'est la nature. Sensible au monde vivant dès l'enfance, il fait ses débuts entre la forêt et le travail du bois, puis découvre la photographie à vingt ans et s'aventure dans l'exploration urbaine, ces visites de lieux abandonnés. Ses premières expositions collectives suivent ce fil : L'urbex à Virginal en août 2019, puis Au temps des machines au centre culturel d'Ittre en 2021, consacrée à la production industrielle d'hier et d'aujourd'hui dans les villages de l'entité. La même année, il est récompensé par « La photo de l'année » de Kamera Express.
Le virage vient en 2022. Il se consacre depuis au photoreportage : manifestations, événements culturels et sportifs, et surtout mouvements sociaux, associations et collectifs, au plus près des actions. En juin 2022, ses images accompagnent dans la presse les actions d'Extinction Rebellion à Bruxelles, une tonne de pulpe de betterave déversée devant le siège du MR le 8 juin, l'irruption de militant·es dans le McDonald's de la Bourse le 11 juin. Suivent les occupations du collectif Code Rouge, sur le chantier d'une centrale à gaz d'Engie en juillet 2023 puis contre Cargill en 2025, la ZAD de Donderberg fin 2024, les expulsions de squats et les rassemblements pour le droit au logement.
Sa signature circule dans des titres très différents : Le Soir, La Libre, L'Avenir, Bruzz, Euronews, le magazine Imagine ou Médor. Au printemps 2026, Médor publie dans son numéro 42 « Frapper des têtes, casser la résistance », le récit de l'expulsion d'un collectif de sans-papiers d'un immeuble d'Anderlecht, le 17 octobre 2025, où la police a donné des coups de matraque à la tête de militant·es venu·es en soutien. En mai 2026, il cosigne avec Philippe Engels un article de Nationale 4, « Au boulot pour éviter une nouvelle expulsion ». Il est membre du média Irruption et de Place ô Arts, et affilié à Belpress.
Le Hainaut a déjà vu son travail. Son exposition personnelle Vous avez dit… crise de l'accueil ? a été montrée au Maquis, à Soignies, du 14 juin au 14 juillet 2024, puis à Ma Ferme, à Enghien, en septembre 2024. En 2025, il participe à plusieurs expositions collectives, dont une consacrée à la censure en art avec Place ô Arts, le festival Les Résistantes au DK, et en décembre Caring for Space, Spaces for Caring au Brass.
Avant Mons, Molenbeek
Douce violence a déjà connu une première vie. Les 27 et 28 février et le 1er mars 2026, une série sous ce titre a été présentée à La Vallée, à Molenbeek, lors du labo-chantier « Violences (il)légitimes » de la saison nomade du Variétés. Ce cycle de Bruxelles Laïque précède la réouverture de cet ancien cinéma-théâtre du centre de Bruxelles, prévue en 2027 après quarante ans de silence. Les photos y côtoyaient Jamais vraiment à l'abri, d'Arnaud Ghys, sur le sans-abrisme, et le sociologue Nicolas Framont y venait parler de la violence du capitalisme. La série interrogeait déjà le geste politique qu'est la mobilisation sociale, dans les moments de tension comme de rassemblement.
Les questions que pose son métier, il les met aussi en débat. Le 18 juin 2026, en l'église Saint-Jacques de Namur, il partage avec l'avocate Sandrine Carneroli, spécialisée en droit des médias et de la création, une conférence du Centre d'Action Laïque de Namur intitulée « Photographie, de la censure à la propagande », animée par Caecilia Jacobs puis diffusée par Matélé. Peut-on tout photographier ? À quoi s'expose-t-on en prenant une image ? Que risque une société à en interdire certaines ? Toutes les photos projetées ce soir-là étaient les siennes.
Au Mundaneum, en écho
Le Mundaneum présente Douce violence comme un écho à Nuances de noir. Histoires et idées anarchistes, visible au deuxième étage jusqu'au 9 mai 2027. Les deux expositions interrogent la frontière entre violence et engagement, et le regard porté sur celles et ceux qui contestent l'ordre établi. Sept jours plus tôt, le 12 novembre à 18 h 30, Dogan Vancranem donne au même endroit une conférence gratuite, sur réservation, consacrée à l'histoire de l'anarchisme en Belgique, des origines à nos jours.
Le rez-de-chaussée où s'installent les photographies est celui d'un ancien grand magasin coopératif Art déco, L'Indépendance, où les collections de Paul Otlet et Henri La Fontaine sont arrivées en 1993. Vous y passez devant les tiroirs du Répertoire bibliographique universel, inscrit au registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO en 2013, et vous pouvez rejoindre le Jardin bleu de la cour. L'accès y est gratuit aux heures d'ouverture du musée, du mercredi au dimanche.
Le soir du vernissage, la rencontre doit ouvrir la fabrique des images : comment elles naissent, quel regard le photographe porte sur les personnes et les situations qu'il cadre, et ce qu'elles disent de nos rapports aux autres et à une violence parfois invisible. Les réponses se donnent en mots le 19 novembre, puis en images, au rez-de-chaussée de la rue de Nimy.
Douce violence, photographies de Brieuc Van Elst, Mundaneum, rue de Nimy 76, 7000 Mons. À partir du 19 novembre 2026, au rez-de-chaussée, en accès gratuit. Vernissage et rencontre avec le photographe le jeudi 19 novembre de 18 h 30 à 20 h, gratuit sur réservation. Ouvert du mercredi au vendredi de 10 h à 12 h et de 13 h à 17 h, samedi et dimanche de 10 h à 18 h, fermé lundi et mardi ainsi que les 25 décembre et 1er janvier. Réservations et infos sur mundaneum.org, 065 31 53 43.
Crédits visuels : © Brieuc Van Elst (photographies, via le Mundaneum, la RTBF, Place ô Arts et le site du photographe) ; © Mundaneum (façade du bâtiment).