Les vêtements montaient au plafond au bout de chaînes, fermées par des cadenas. Chaque mineur avait sa clé, et dans les poches des habits restés là-haut dormaient parfois un bijou ou un peu d'argent, à l'abri des vols. C'est ce que raconte la salle des pendus, où les ouvriers se changeaient en arrivant à la mine, et dont le nom vient de ces tenues suspendues. On la trouve au musée de la mine ouvert le 1er avril 2026 au Domaine du Levant, rue de Flénu, à Cuesmes, sur le site de l'ancien plus grand charbonnage du Borinage.
Le charbon se cherche ici depuis longtemps : des documents attestent de premiers forages en 1650, bien avant la naissance de la Belgique, quand on extrayait presque en surface les gayettes, ces morceaux de charbon qui ont façonné la région. En 1835, la fusion des concessions du Crachet, d'Ostennes et de Cache-Après donne naissance à la Société anonyme des Charbonnages du Levant de Flénu. À Cuesmes, elle exploite notamment le puits n° 14, dit Sainte-Zoé, le n° 15, dit Saint-Ferdinand, et le n° 17, dit Saint-Guillaume, reliés entre eux par des passerelles pour le personnel et le matériel roulant.
En 1920, la société emploie 4 200 ouvriers, qui extraient 560 000 tonnes de charbon par an, et sa centrale électrique se dresse en bordure de la rue Cache-Après. À son apogée, la mine du Levant fait vivre plus de 6 000 ouvriers, dont certains ont à peine 14 ans. Le déclin suit celui du bassin : fusion avec les Charbonnages des Produits en 1932, intégration en 1959 dans la Société anonyme des Charbonnages du Borinage, créée pour gérer et liquider les actifs charbonniers de la région. Les puits n° 14 et 15 ferment le 27 février 1960, et le dernier siège de la société, l'Héribus, en 1968.
Ceux qui portent la mémoire
Le musée est l'œuvre de l'ASBL Amicale des Algériens de Mons-Borinage, présidée par Mohammed Kerai. Son but est d'abord la transmission : faire vivre l'histoire de tous les mineurs de la région, dont les parents de ses membres ont fait partie. « Il y a 22 ans, il existait déjà un petit musée, mais rien à voir avec aujourd'hui », explique Mohammed Kerai. « On a réalisé un travail titanesque. » Le lieu se veut une véritable reconstitution du passé minier : lampisterie, écurie de chevaux et matériel d'époque, rassemblés par l'association pour recréer l'univers des mineurs.
Le site a déjà connu plusieurs vies. C'est en aménageant un premier musée, en 1989, que la galerie souterraine a été retrouvée. En 2010, l'ancien poumon charbonnier de la rue Cache-Après était devenu un espace de loisirs, porté par une histoire familiale marquée par la culture minière. En 2014, l'ASBL Action-Passion y inaugurait un « Musée Vivant de la Mine », combiné à un théâtre équestre ; la grande salle des machines servait alors de manège couvert, sous un énorme pont roulant. L'Amicale reprend aujourd'hui le flambeau, sur un domaine qui garde plusieurs bâtiments intacts et encore inexploités.
De la maison au fond
La visite commence par une petite maison de mineur reconstituée avec soin, avant la salle des pendus et le travail à la mine. Le parcours suit aussi les trajets des ouvriers : au début du siècle dernier, ceux qui n'habitaient pas près des puits d'extraction enfourchaient leur vélo pour aller au travail. Une salle de tri explique comment on sélectionnait le charbon, stocké dans des wagonnets, tandis que les déchets partaient sur les terrils.
Casques, lampes, maquettes : la collection réunit beaucoup d'objets utilisés à l'époque dans les charbonnages du Borinage. Certaines pièces ont une histoire à elles, comme une maquette réalisée par Victor Lafosse, dont le parcours est présenté sur place. La collection continue de grandir. « On reçoit encore du matériel, notamment de veuves de mineurs », raconte Mohammed Kerai. « Quand on nous offre quelque chose, on essaie d'en retracer l'histoire pour l'expliquer aux visiteurs. »
Le point fort se trouve sous les pieds. La galerie souterraine, découverte en 1989 derrière une porte en fer qu'il a fallu découper à la disqueuse, s'étend sur près de 70 mètres. C'est l'une des seules encore visibles dans le Borinage. On y voit des rails, des wagonnets et même un ancien ascenseur, qui remontait le charbon depuis des profondeurs pouvant atteindre 600 à 700 mètres. Elle était déjà au cœur du Musée Vivant de la Mine de 2014, qui proposait de visiter « une galerie de mineur intacte ».
Un chantier qui continue
L'ouverture n'est qu'une première étape. L'Amicale compte remettre en état l'infirmerie, la salle des archives et la salle des coffres de l'ancien charbonnage, pour développer l'activité sur le site. Le domaine accueille déjà d'autres rendez-vous : du 20 septembre au 11 octobre 2026, l'ancienne centrale électrique a présenté Mineurs & Métallos, les peintures de Lucien Stoppele, né en 1938 à Erquelinnes, ancien sidérurgiste et peintre de la vie ouvrière et des paysages industriels du Pays Noir, avec Patrick Viaene, expert en patrimoine industriel aux universités d'Anvers et de Gand.
Pour visiter, il faut réserver : le musée se visite sur rendez-vous, au 0470 53 76 53. Comptez 10 euros pour la visite avec la galerie souterraine. Un tarif de groupe a été annoncé à l'ouverture : 8,50 euros par personne pour un groupe de 20 visiteurs. Les visites sont guidées par l'Amicale, qui a elle-même réuni la collection. L'adresse exacte est le 1b de la rue de Flénu, à Cuesmes, dans l'entité de Mons.
Et si une lampe, un casque, une photo ou un outil dort dans un grenier de la famille, l'Amicale est preneuse. L'ASBL lance un appel à toutes celles et ceux qui possèdent des objets ou des souvenirs liés à la mine et souhaitent les donner : ils viendront compléter la collection, comme l'ont déjà fait des veuves de mineurs. Chacun y sera présenté avec l'histoire que les membres de l'Amicale auront pu retracer. Et la prochaine salle à rouvrir, infirmerie, archives ou salle des coffres, sera peut-être celle qui les accueille.
Musée de la mine, Domaine du Levant, rue de Flénu 1b, 7033 Cuesmes (Mons). Ouvert depuis le 1er avril 2026, visites guidées par l'Amicale des Algériens de Mons-Borinage, uniquement sur rendez-vous au 0470 53 76 53. Visite avec la galerie souterraine : 10 €.