Sur le papier, tout semble les séparer. D'un côté, la terre, l'émail et le feu ; de l'autre, l'image découpée, la bombe et le geste répété. Et pourtant. À la Star Gallery de Mons, la céramiste France et le peintre-pochoiriste David Bran exposent ensemble sous un titre qui dit déjà tout de leur rencontre : Correspondance insoupçonnée. Deux univers a priori éloignés qui, à force de se croiser, se sont découvert une foule de points communs.

France n'est pas tout à fait une inconnue pour qui s'intéresse à la terre. Céramiste et enseignante à l'Institut provincial des Métiers d'Art de Mons, elle a étudié à La Cambre avant de passer vingt-sept ans au musée du Cinquantenaire, d'abord aux visites-ateliers, puis à la restauration d'œuvres antiques. De ce long compagnonnage avec les collections, elle a tiré une connaissance intime des terres, des émaux et des techniques de décor, et surtout une inépuisable envie d'expérimenter. Aujourd'hui, entre porcelaine et grès, superpositions de matières et de couleurs, elle défend une idée simple mais tenace : la céramique n'est pas qu'affaire de poterie. Elle peut être sculpture, elle peut construire un univers entier, et mérite autant d'ambition que n'importe quel autre médium.

David Bran, lui, vient d'ailleurs. Du dessin, puis du pochoir, croisé dans l'énergie du mouvement punk et de la customisation de vêtements. Il se forme à Saint-Luc, aux ETH, puis à la peinture au Carré des Arts, et apprend la gravure et l'impression auprès de Joseph Gain et Paul O'Tom. Suivront vingt ans de tatouage, à Mons puis à Liège, avant qu'une forme de lassitude ne le pousse à se réinventer. Le pochoir revient alors, accompagné de quelques heures d'enseignement en street art. Il ne se revendique pas street artist pour autant : ce qui l'intéresse, c'est le sens, le récit, l'image qui oblige à s'arrêter et à chercher.

C'est précisément là que les deux artistes se sont trouvés. David a été frappé par une pièce de France et par la finesse technique de son travail ; France, par le caractère narratif et parfois subversif des œuvres de David. En discutant, ils ont découvert des lectures communes, des sensibilités partagées, ce goût d'habiter des univers romanesques et de leur donner corps. D'où ce titre, Correspondance insoupçonnée : la rencontre inattendue de deux démarches qui, au fond, racontent la même chose chacune dans sa matière.

Chez David, tout commence par la lenteur. Ses pochoirs sont découpés à la main, sans logiciel de découpe ni robot : il prépare l'image, la postérise, la fait imprimer, puis taille les couches une à une. Une pièce multicouche peut lui demander trois semaines à un mois de découpe. Une patience héritée de la peinture à l'huile, et un parti pris assumé : privilégier le sens plutôt que la quantité. Son œuvre One Day Son en est le parfait exemple. Partie d'une sculpture funéraire croisée au fil de recherches d'images, elle emprunte son titre à une formule anglaise, « One day, son, all of this will be yours », dont il a barré le mot « son ». Le geste transforme la pièce en méditation sur l'absence et la perte. David découvrira plus tard que la sculpture d'origine, au cimetière de Montmartre, est une œuvre connue sous le nom de La Douleur, réalisée par la mère du jeune homme enterré. De quoi charger l'image d'une émotion supplémentaire.

Face à lui, France déploie une céramique qui se fait sculpture. Sa pratique mêle recherche plastique et expérimentation : plantes trempées dans la barbotine de porcelaine, mélanges de couleurs et de porcelaine appliqués sur le grès, puis cuits à haute température. Sa pièce Tishka s'inspire d'un personnage du roman Les Furtifs d'Alain Damasio, être de mutation capable de prendre mille formes, animales et végétales. L'œuvre saisit un instant de transformation, entre l'adolescence et l'âge adulte. Et le lien avec le médium ne doit rien au hasard : dans le roman, poser le regard sur les furtifs peut les « céramiser ». Impossible, dès lors, de ne pas vouloir en faire une céramique.

Ce qui frappe, en refermant cet entretien, c'est combien deux matières aussi dissemblables peuvent vibrer à l'unisson dès qu'on les relie par le récit. France invite d'ailleurs le public à laisser au vestiaire ses idées reçues sur la céramique, et David à prendre le temps de lire ses images. Les deux artistes évoquent déjà une suite : un travail qui mêlerait plus directement céramique et pochoir, faute de temps absent de cette édition, mais bien vivant dans leurs têtes. Un chantier en cours, en somme, comme une promesse.

France ossieur et David BrAN

Correspondance insoupçonnée, à voir à la Star Gallery, 27 rue d'Havré à Mons, jusqu'au 1er novembre 2026. Vernissage le vendredi 9 octobre à 19h, en présence des artistes. Exposition accessible les week-ends de 14h à 18h, les artistes étant présents en rotation.

Publié le 6 Octobre 2026 par
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