Chronique - Quelle place pour l'art dans les médias ?

Chronique de Fleur Sizaire et photos de François Chevalier

Organisée conjointement par le Club de la Presse du Hainaut-Mons et le Comptoir des Ressources Créatives de Mons (CRC), une table ronde réunissait mercredi artistes, citoyens et journalistes de médias et de presse locaux, régionaux ou nationaux. L’objectif ? Permettre une rencontre physique, ouvrir un espace de discussion où chaque voix peut se faire entendre et exprimer sa propre réalité. 

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Club de la Presse du Hainaut-Mons-Belgique

A plusieurs reprises pendant l’année, le Club de la Presse et le CRC organisent conjointement un programme de rencontres avec la presse locale, appelé Media Tour. Créatrices et créateurs issus de la région et ayant une actualité artistique à proposer se retrouvent lors de séances de travail collectives pour aborder différents aspects de la communication à destination des médias et de la presse : écriture de pitch, de communiqué de presse, réflexion autour de la stratégie, conseils sur la manière de les contacter, etc. Fraîchement organisée en septembre, la dernière édition en date du  Media Tour a pourtant révélé une réalité interpellante, à l’origine de cette table ronde : plusieurs médias locaux n'ont pas répondu aux sollicitations liées à l’évènement. Manque de temps ? Désintérêt ? Orientations éditoriales différentes ? Au-delà de l’importance de mieux comprendre la manière dont fonctionne le paysage médiatique, l’objectif était de réfléchir ensemble, artistes, journalistes, citoyens, aux outils à utiliser pour susciter l’intérêt des médias. 

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DIY : le règne de la débrouille 

Du côté des artistes, questions et hypothèses fusent : « on a l’impression que la presse se désintéresse des artistes, que les grands noms auront toujours bien plus facilement les faveurs des médias ». Côté journalistes, on reconnaît que la multiplicité des évènements culturels provoque un effet d’entonnoir : les communiqués de presse affluent sur les boîtes mail, le temps manque et les étapes à franchir sont nombreuses. En effet, quel que soit le média (presse papier, presse écrite, médias digitaux), les journalistes ne décident pas seuls : un sujet culturel qu’ils jugent intéressant doit l’être aux yeux des membres du comité de rédaction, du rédac’ chef et, plus largement, doit pouvoir correspondre à la ligne éditoriale du média pour être publié. On ne peut pas non plus fermer les yeux sur la réalité du métier de journaliste : contrats précaires, piges mal payées, frais kilométriques non remboursés. Certes les artistes n’ont pas à pâtir de ces réalités mais on comprend un peu plus aisément la complexité du métier, que certain.e.s délaissent pour des emplois mieux valorisés. 

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Alors comment sortir du lot dans cette jungle événementielle ? Premiers conseils des journalistes présent.e.s : prendre le temps de soigner le message et le ciblage. Quel est le message que je veux faire passer ? A qui s’adresse t’il ? A chaque message, un public, et à chaque public, un média qui s’adresse à lui. Ensuite, ancrer le propos dans une réalité. Si l’on met de côté les émissions, formats, pages dédiés exclusivement à la culture, les sujets culturels vont souvent servir à illustrer un fait de société actuel, une fenêtre pour observer notre monde en quelques sortes. Plus largement, les professionnels du secteur reconnaissent le peu de solutions directes. Les e-mails, communiqués, rencontres physiques, bouche à oreille ne sont évidemment pas vains mais la créativité resterait le meilleur atout pour se faire remarquer.

Un élément pèse plus que jamais dans la balance : les réseaux sociaux. Ils font aujourd’hui la différence dans la course à la communication : ils permettent aux artistes de développer leurs propres outils (vidéos, photos, réels, stories etc) et de pallier à un manque de soutien des médias. A la question ‘comment vous médiatisez-vous?’, la grande majorité des artistes présents répondent ‘par des réseaux détournés : facebook, instagram, reddit, site internet’. En communiquant eux-mêmes, les artistes contournent les voies officielles et, de l’aveu des journalistes, c’est bien souvent par ces réseaux-là que l’information leur parvient, attire leur attention.

On pourrait croire qu’au royaume de la débrouille les artistes sont rois. Et bien pas forcément ! Qui dit nouveaux outils de communication dit nouvelles compétences et ressources techniques à acquérir, et à ce jeu-là, les artistes ne sont pas mieux lotis que les autres. Bien communiquer nécessite de l’argent (pour s’équiper avec du matériel adéquat), du temps (pour se former, pour maîtriser ces nouveaux outils et les inclure dans un agenda) et des compétences qui y sont liées (produire du contenu de qualité, penser la manière dont on va le présenter etc). Être visible dans les médias, c’est coiffer une nouvelle casquette professionnelle, en plus de celle que beaucoup d’artistes (et d’indépendants plus largement) ont déjà. 

Presse & médias : la médaille et son revers 

Un raccourci pourrait laisser penser que l’avènement des réseaux sociaux et la maîtrise de sa propre communication permettent de se passer de la presse. Or les médias, les organes de presse, qu’ils soient écrits ou digitaux, diffusés sur les ondes ou télévisés, locaux, régionaux ou nationaux, mainstream ou spécialisés ont tous un point commun : leur impact. Paraître dans un journal, c’est, pour beaucoup, la garantie de toucher un autre public que la communauté qui vous suit déjà. C’est faire parler de soi à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une région, d’un pays. C’est bénéficier de l’aura qu’ont naturellement les médias et la presse : si mon journal local me dit d’aller voir l’expo de tel artiste, alors c’est que c’est gage de qualité. Être soutenu par la presse revient à recevoir une forme de validation, une reconnaissance. C’est ce qui vaut aux médias (et heureusement !) d’être tant convoités.

Mais ce secteur, à l’image de tous les secteurs mercantiles, subit des glissements pervers. Course au clic, spéculation, rendement sont aujourd’hui les régisseurs des médias et de la presse. Les outils et mécanismes mis en place par les lobbys économiques propriétaires de médias et groupes de presse (le publireportage, assumé ou non, la vente à prix pharaonique d’espaces publicitaires ou d’espaces rédactionnels à une structure, un projet) les éloignent de plus en plus des valeurs éthiques et déontologiques qu’ils défendent. 

Ces orientations ont pour effet de brouiller les pistes et ce même d’un point de vue terminologique : presse vs médias, même combat ? La presse culturelle a-t-elle pour rôle d’informer ? De soutenir ? D’aider à communiquer ? D’amener une critique la plus objective possible ? Et les médias dans tout cela ? D’ailleurs, même à l’issue de cet article, on hésite nous-même : chronique ou critique ?!

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