Un·e artiste est un·e artiste
Art en moi
13ème Biennale d’art différencié
28 mars au 18 avril 2026
Atelier des FUCaM - Rue du Grand Trou Oudart, Mons
Je ne raffole pas du terme art différencié. Je le trouve assez validiste.
Coller une étiquette comme celle-ci, c’est déjà introduire une grille de lecture et risquer d’appréhender ces œuvres par un prisme particulier, et de réduire leurs créateur·ices à ce qui est qualifié de différence.
Ces artistes sont-ils moins artistes que Josiane, qui expose ses chatons hyperréalistes tous les ans au salon annuel du Cercle des artistes de Saint-Roustan, ou que Sylvie, artiste-peintre qui produit de jolies aquarelles impressionnistes des ports de plaisance qu’elle a visité cet été ? Ou encore que Jean-Jacques, l’artisan-entrepreneur qui vend comme des petits pains ses objets décoratifs et consensuels en les qualifiant d’œuvres d’art ? Je ne veux pas paraître élitiste, mais bon… vous voyez l’idée.
Dans un monde juste, il n’y aurait pas de biennale d’art différencié.
Dans un monde juste, le terme même d’art différencié n’existerait pas.
Dans un monde juste, beaucoup de ces artistes exposeraient dans le réseau de l’art « classique », à côté d’autres artistes.
Si vous pensez vivre dans un monde juste, vous avez un sacré problème.
Alors non, je ne raffole pas du terme d’art différencié, mais cette biennale, portée par l’asbl Inclusion depuis plus de vingt ans, et qui avec une vingtaine d’ateliers partenaires met à l’honneur la créativité de personnes en situation de handicap intellectuel, est une formidable opportunité pour ces artistes de montrer leur travail. J’ajouterais : c’est aussi une formidable opportunité, pour nous, de le découvrir.
Un·e artiste est un·e artiste*. Il y a de bons et de moins bons artistes (quoique cela soit très subjectif). Il y a des artistes érudits, qui font aussi parfois des choses passionnantes, et d’autres qui ont une approche plus instinctive, plus viscérale. Il y a des artistes singulier·e·s et d’autres qui produisent des choses déjà mille fois vues. Surtout, et n'est-ce pas le plus important ? Il y a des artistes authentiques et des artistes qui le sont moins.
De l’authenticité, vont en trouverez à foison ici. Car ces œuvres sont l’expression d’une pratique qui relève souvent de l’exutoire. Et aussi, d’une certaine forme de liberté : des productions qui pour la plupart sont moins soumises aux normes de l’art figuratif « à l’ancienne », mais aussi à celles de l’art contemporain.
Vous y verrez les visages géométriques de Fred Anacleto. Les couleurs éclatantes de Michel Buggenhout. Le trait nerveux et d’Adrien Brissart ou Pascale Vincke. Les dessins dans le dessin de Christine Bourgeois. Les aplats de couleur vive de Louisa Arenas. Le rouge de Thierry de Geyter et le bleu de Béatrice Deminie, déposés par de gros coups expressifs de pinceau. Les fonds remplis de formes géométriques de Damien Hemelhof. L’humanisme des portraits de Youcif Menouer. Le foisonnement de détails et petits personnages de Marco Bertucelli ou Nicolas Trelcat. L’intégration de l’écriture dans les compositions d’Olivier Van Hove. L’expressionnisme abstrait de Thomas Lavigne. Les symboles et les serpents de Michaël Bardiaux. Le contraste entre les personnages colorés, pleins de vie, et les traits nerveux au feutre noir de Kenneth Dupont. Les nus bouleversants (tout comme leurs titres !) de Younes El Melouli.
Voilà seulement quelques artistes qui m’ont particulièrement touché : c’est subjectif, je l’assume et ça n’enlève rien au talent des autres. J’aimerais pouvoir citer tout le monde, mais ils sont presque septante !
Vous y trouverez beaucoup d’expressivité. Beaucoup d’émotions. Beaucoup de couleur, mais aussi de noir et blanc. De la tristesse et de la passion, de la colère et du rêve, de la souffrance et de la joie, c’est-à-dire de la vie.
Alors allez-y, mais s’il vous plaît, mettez de côté vos filtres, vos préjugés, n’y allez pas (seulement) « pour la bonne cause », et visitez cette exposition comme vous visiteriez n’importe quelle exposition : on vous promet de très belles découvertes.
Loin de mettre en avant le handicap, Art en Moi met en lumière la personne, l’artiste, le geste créatif. Elle rappelle que l’art appartient à tous, qu’il est un langage universel qui s’adresse au cœur avant de s’adresser à l’esprit. »
J. Bertholet, Responsable du départment familles Inclusion Bruxelles.
Art en Moi
13ème Biennale d’art différencié
28 mars au 18 avril 2026
Atelier des FUCaM - Rue du Grand Trou Oudart, Mons
Ateliers ouverts le 3/04 de 10h à 15h en présence d’artistes au travail.
Visite guidée le 4/04 à 14h.
* Certains (dont je faisais partie), diront… Oui, mais… un·e artiste doit savoir ce qu’il ou elle fait, connaître un minimum l’histoire de l’art, savoir comment se placer dans la grande histoire des formes... Je ne sais pas. Je ne sais plus. Méfiez-vous des certitudes.
D’abord parce que je ne crois pas à la notion d’œil véritablement vierge : sans forcément connaître l’histoire de l’art ces artistes ont été exposé·es à des images ; les personnes qui les accompagnent portent avec eux un minimum de bagage : en d’autres termes, cet accompagnement à la création, et l’encouragement à une création libre aurait-elle été possible avant Dubuffet, l’art brut et la reconnaissance de cette forme d’art ?
Et puis, Josiane alors ? A-t-elle vraiment une meilleure connaissance de l’histoire de l’art, un œil moins naïf ?