Gardez l’œil sur le donut - Rétrospective David Lynch au Plaza Arthouse Cinema

« On n’est pas obligé de comprendre pour aimer. Ce qu’il faut, c’est rêver. »
D. Lynch

Je me rappelle de ce petit cinéma art & essai, dans un moche bâtiment en béton, un cube typique de l’architecture fonctionnelle des années 60 ou 70, à un jet de métro de mon université. On y allait après les cours, on s'y retrouvait avec deux ou trois amis cinéphiles.

Il n'y avait pas encore de parc d'attraction cinématographique je veux dire multiplexe, avec ses boutiques de snacks plus achalandées que le night-shop du coin, ses seaux que dis-je ses bassines de pop-corn, son public souvent plus bruyant et (peut-être pire que tout ce qui précède), si tu ne choppes pas la bonne séance, un film en VF.

Ce qui s’en approchait le plus, c’étaient les cinémas commerciaux du centre-ville. Et puis, il y avait ce petit cinéma, et quelques autres, un cinéma pour les gens qui aiment le cinéma.

Je préférais bien sûr celui-là. J’avoue que j’étais alors un peu élitiste sur les bords, et j’ai de vraies lacunes filmographiques en raison de cela : je méprisais les blockbusters, et la plupart des grands films populaires de la seconde moitié des 90s, je ne les ai pas vus, en tout cas pas à leur sortie. Je crois que c'est Matrix qui m'a reconcilié avec le ciné-spectacle (il fallait que j'y revienne par un truc quand même un peu alambiqué).

Dans ce petit cinéma de béton donc, je me nourrissais de Greenaway, de Cronenberg, de Jarmusch... et donc bien sûr de Lynch, que j’appréciais particulièrement.

Alors David Lynch, et surtout David Lynch dans une petite salle, vous comprendrez que c’est un peu pour moi une madeleine de Proust. Ça tombe bien, (vous le savez sans doute déjà) le Plaza programme cette saison une rétrospective du réalisateur à raison d’un film par mois. "La saison est déjà bien entamée il est bien temps de nous pondre une chronique" me direz-vous, mais quatre films sont encore programmés, prenez vos agendas :

Mars : Lost Highway
Avril : The Straight Story
Mai : Mulholland Drive
Juin : Inland Empire

J’avais vu Lost Highway, entre autres réalisations du Monsieur, à sa sortie avec un ami. Ce long-métrage nous avait quelque peu retourné le cerveau et en sortant de la salle, on en a passé du temps à débriefer et échafauder toutes sortes de théories. J’aime, dans la mesure où il est bon, quitter un film en ne l’ayant pas compris, rester sur une fin ouverte. Le film continue alors, pour quelques temps, à vivre en moi, à me questionner. Par sa B.O aussi (Bowie, NIN, Rammstein à leurs débuts, Barry Adamson, de la bossa nova, les Smashing Pumpkins...), ce film continuait de m'habiter pendant des années.

« Les gens attendent d'une œuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien. »
D.L

J’aime cela en Lynch, mais c’est aussi son esthétique qui m’a séduit. Ses lents travellings avant, ses fameux rideaux rouges et le radiateur d’Eraserhead, ses plans de détails, son utilisation des couleurs et de la lumière… Son goût pour l’étrangeté, son approche presque surréaliste, et souvent expressionniste à la fois, qui prend ses libertés d’avec le réel. Un film dans lequel l’on entre comme l’on entrerait dans un rêve (ou un cauchemar).

J’aime son humour souvent un peu absurde et sa façon de passer de la légèreté à la noirceur. J’aime l'ambivalence de son Amérique de carte postale à la Norman Rockwell, rappelant aussi celle des soap opera, avec ses banlieues typiques, ses palmiers d’Hollywood, ses happy few, avant que ne se révèlent les ombres cachées derrière la surface

La musique étrange d’Angelo Badalamenti, collaborateur fétiche du réalisateur, colle parfaitement à cela : une musique très douce, tonale, mais à l’écoute de laquelle l’on sent pourtant quelque chose d’un peu étrange, de malsain. Et que dire des effets sonores ? Ces bruits de machines, de souffleries, de feu… Qui ne sont peut-être pas pour rien dans l’appétence que j’ai développée pour les musiques industrielles et bruitistes.

J’aime tant de choses chez Lynch, qu’il serait plus simple de nommer ce que j’aime moins. Un certain male gaze ? Comme 90% des réalisateurs masculins de sa génération… Faire du bizarre pour faire du bizarre, parfois ? Oui, mais c’est tellement bien foutu… Une certaine opacité, un côté « je fais ce que je veux parce que je suis D.L et demmerdez-vous avec ça » ? (Je pense à Inland Empire…)

J’ai adoré l’expérimental Eraserhead, le malsain Blue Velvet, le malaisant Twin Peaks, le schizophène Lost Highway, l’hitchcockien Mulholland Drive… J’ai un peu moins aimé, mais aimé tout de même, le classique Elephant Man, le kitsch Dune, le surjoué Wild at Heart…

Quant à cet Inland Empire évoqué plus haut… Sur une plateforme de streaming, je ne suis pas parvenu à aller au bout des trois heures de cet objet filmique incompréhensible, le plus lynchien des Lynch peut-être, mais également (et c’est sans doute aussi ce qui m’a fait décrocher), plus éloigné de l’esthétique traditionnelle du cinéma (filmé en grande partie en DVCam, l’image est très typée « vidéo-amateur des débuts du numérique des années 2000 »). Voir la totalité d’Inland Empire, sur grand écran, sera donc le petit challenge de cette fin de saison.

Quelques trente ans plus tard, dans une autre ville, un autre pays, mon fils aîné est fan de cinéma (et dans ce domaine je crois bien qu’il m’a déjà rattrapé). Il aime Lynch, je dois d’ailleurs lui emprunter Gardez l’œil sur le donut, pas sur le trou. Dans la tête de David Lynch de Nathalie Bittinger. Quant au plus jeune, il a aimé Elephant Man, on attendra encore quelques années pour LH et MD…

Ensemble, on va (re)voir Lynch au Plaza. Touchons du bois pour que ce genre de lieu continue d’exister.

 

Prochaines séances, Lost Highway :

Jeudi 19/03, 15:00
Samedi 21/03, 15:00
Lundi 23/03, 17:30
Jeudi 26/03, 15:00
Lundi 30/03, 15:00

Dimanche 29/03, 16:00, séance spéciale avec le Séminaire Psychanalyse et Cinéma de l’ACF-Belgique.

 
P.S : J’ai vérifié : elle existe toujours, cette petite salle de béton. Là-bas aussi, il y a toujours des gens qui aiment le cinéma.
 

(No IA : ce texte a été généré par intelligence humaine.)

Rétrospective David Lynch
Lost Highway
Publié le 15 Mars 2026 par

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