Tristes étaient les pensées de Franz.
Elles erraient sans but sur les pavés humides..
Détrempées par le crachin des circonstances,
Elles longeaient, au risque d’y tomber,
Le caniveau de la vie
C’est d’ailleurs là qu’elles le trouvèrent
À deux pas d’une grille d’égout,
Caché sous une vieille canette de bière.
Alors elles le prirent, le ramenèrent chez Franz
C’était un pauvre petit paquet de bonheur…
Fiévreux, ruisselant, presque désagrégé
Installé tout près du feu, il se mit sécher
Le pauvre paquet dormi d’abord beaucoup
Puis, petit à petit, il repris vie…
La maison se remit à sourire, peu à peu
Des toiles funèbres, surprises par l’arrivant
En reprirent même des couleurs
Le petit paquet ouvrit alors les fenêtres.
Balaya sous le tapis crânes et ossements…
Puis il commanda des fleurs chez le fleuriste
Pour les offrir à l’artiste et aux pensées
Ça fait maintenant un an et un jour...
Désormais, le petit paquet est à Franz
On espère qu’ ils vivront heureux,
Le paquet, Franz, les toiles... et les pensées.
Franz Baden Baden est loin d’être un inconnu, ceux qui sont friands de manifestations artistiques locales auront sûrement croisé, au détour d’un happening quelconque, l’une ou l’autre mouche, dessinée rapidement, d’un trait saccadé et fougueux…
C’était lui.
Depuis lors, et depuis qu’on sait que le concept du long fleuve tranquille est une arnaque, Franz a bourlingué, a joué au yo-yo avec ses états d’âme, Franz s’est perdu au fond de lui-même…
Il a mis un an à se retrouver.
Ce sont d’ailleurs ces douze mois de retrouvailles entre lui et sa part solaire qu’il célèbre ce mois à la Galerie Fracas.
L’expo Douze mois peut donc être vue comme un témoignage bouillonnant, un compte-rendu d’une année de basculement.
Un an que Franz a consacré à se réapproprier son art...et à se réapproprier lui-même.
Une expo circulaire, en forme de spirale montante, dotée d’une... "cabane" (tipi ? Refuge? ) parée de tamas et volontairement excentrée afin que le visiteur, lorsqu’il franchit le passage étroit, se trouve confronté à l’absence de recul inhérente aux instants sombres.
Si cette expo a des traits communs avec un trek sur moquette de quelques décamètres pour nous, pour Franz, en revanche, elle s’apparente à un combat d’une année ponctué de bonnes fortunes.
Mais le plus réjouissant dans ce parcours parsemé de réalisations déchirantes et déchirées, enfantées dans la douleur, comme issues d’une création torrentielle paradoxalement dépouillée d’agressivité, c’est qu’on y part de l’ombre pour atteindre la lumière au terme d’un voyage mêlant à la fois et la « sombritude » de la condition humaine et les splendeurs florales polychromes…
Et ce avec un remarquable dénivelé positif qui fait plaisir à voir.
Comme quoi, il est possible de demeurer artiste tout en étant (enfin) heureux.
Galerie Fracas, 50 rue des Capucins à Mons
C’est ouvert du mercredi au samedi, de 10h à 13h et de 14h à 18h
Soyez curieux, ça mérite vraiment le détour.
Last but not least… L’entrée est gratuite.
(*) Un an et un jour? C'est en fait une échéance courante pour de nombreuses malédictions, sorts, services…
Dans les contrats médiévaux, par exemple, si un serf fugitif parvenait à rester caché pendant un an et un jour, il était libre.
À bientôt ?