Ça nous arrive à tous,
d'être là, installé dans son siège auto, bloqué par ce qui se dit à la radio. Avec une envie profonde de ne pas en sortir, de ne pas ouvrir la porte, de rester là, d'écouter. Ce jour-là, j'entends la voix de David Murgia interrogé sur comment il interprète, de manière différente chaque soir, Rumba. J'entends des extraits, je suis totalement prise. Dans la foulée, je réserve ma place. Je profite qu'il vienne à Mons.
Rumba - Ascanio Celestini, interprété par David Murgia
Quelques semaines plus tard, je suis en face d’eux. En face de ce spectacle qui pose la question : « Mais qui sommes-nous, ceux-là, où nous allons ? » On me laisse entendre qu'il y aurait une prostituée dans la salle. Un docteur, peut-être. D'autres corps de métier, comme des artistes. Présents, plus que tout, pour l'utilité publique, pour la communion, pour la solidarité. Pour dénoncer l'oppression tout en célébrant la dignité. Comprendre la vie des gens sur un parking de supermarché.
Ce pseudo « non-lieu » — qui crée cette génération perdue — où l’on y croise déjà l’impact de décisions comme le Mercosur sans même le savoir. Ces accords commerciaux qui transforment nos caddies en champs de bataille silencieux. Ces produits bon marché gavés de pesticides qui traversent l'Atlantique pendant que les lobbies de l'industrie agroalimentaire intoxiquent nos corps, propageant les cancers, défendant l'exploiteur au détriment de l'exploité.
Sur ce parking, Celestini raconte les Poveri Cristi, ceux qu'on ne voit pas, ceux qui vivent dans trente-cinq mètres carrés, ou plus mais « toujours », en face du « SUPER, marchez ! ».
extrait : « Tout le reste est le récit de quelques jours et quelques nuits passés dans un studio de trente-cinq mètres carrés, sur le parking juste en face, au bar, au supermarché et quelques autres endroits aux alentours. J'ai raconté à Pietro ce que j'ai vu, ce que j'ai cru voir et aussi ce que je me suis imaginé. Pietro m'a écouté et m'a cru, ou a fait semblant de me croire. Nous avons répété la même représentation toute notre vie. Un long spectacle sans spectateurs. À moins qu'on ne puisse dire que nous avons été, à tour de rôle, spectateur et acteur, l'un pour l'autre. »
Tout ça sort d'un écrivain, d'un metteur en scène, d'un artiste italien que je ne connaissais pas. Ascanio Celestini est un acteur et auteur italien appartenant à la seconde génération du théâtre-récit, appelé aussi théâtre de narration. J'avais compris depuis un petit moment que j'étais vraiment en train de rater une trilogie incroyable. Alors si, comme moi, vous avez peut-être raté Pueblo et Laika, des programmations récentes fin 2025 ont eu lieu. Plus qu'à espérer que 2026 nous réserve de belles surprises.
→ Restez informé·e·s des actualités de David Murgia sur son site
Prochaine date pour aller voir « Rumba » en Belgique : 21/01/26 à Namur
→ Le livre Poveri Cristi est disponible en ebook sur la Fnac
L'Empreinte - Jean-Michel D'Hoop et Carole Karemera
Ici se croisent des similitudes de vie, des non-dits, des relations familiales, de la transmission. Sans même que les mots se disent parfois. Les enfants écoutent, les corps vieillissants. Ils analysent, sans le vouloir, chaque respiration, chaque geste, afin de comprendre l'histoire et le passé de ces personnes.
La beauté de cette création réside dans sa capacité à créer à partir de lieux, de villages, de communautés, de familles qui ne partagent pas toutes les mêmes racines et pourtant si. Des artistes du Rwanda sont venus récolter des récits aux quatre coins de la Belgique. Voilà comment est né cet imaginaire collectif qui nous est présenté sur une scène épurée, et pourtant si fortement pourvue de sens.
Des formes tétraèdres volent et se métamorphosent. Tantôt décor de théâtre contemporain qui permet l'envol de l'imaginaire, ou bien, immeubles, maisons, murs, portes, atomes, liaisons quantiques. Des corbeaux aux ailes mécaniques remplis de légèreté derrière les bras des comédiens. Des respirations au sein de cette fiction laissant transparaître bien plus que la réalité. L'univers de ces deux petites filles qui se tendent à nous pour creuser au plus profond et arrêter la surface du monde des adultes qui se « taisent en bruit ».
Maria et les oiseaux - Antoine Laubin et Thomas Depryck
Derrière l’histoire se cache la vie d'un peuple, des Belges plus particulièrement et toute leur absurdité légendaire, mais surtout des hommes et des femmes qui s'aiment, se séparent, évoluent, apprennent, vivent.
Entrelacés, comme toujours, dans tous ces sentiments, ces ressentis, cet « invisible » que le Théâtre sait si bien mettre à la portée de tous.
À travers la vie de Maria, née en 1927, on vit une époque, un pays et surtout des vies. Une « lassitude » initiale sur les faits historiques se transforme en regain d'intérêt. À la fin, libérés, emplis de joie, on sait. On sait pourquoi on s’est laissé vivre cet instant. L'espoir. L'universalité dans nos différences. La fête du hors-norme de l'humain.
Entre parkings et résistances
Nos vies ordinaires traversées par les mêmes poisons vendus sous emballage coloré. Les mêmes cancers pendant que Maria vieillit, pendant que Maria se fait assassiner, mais aussi que Maria résiste.
Aujourd'hui, ICE - Service de l'immigration et des douanes des États-Unis (United States Immigration and Customs Enforcement ) fait exploser leurs, nos vies et vole notre humanité. Renee Good, assassinée par un agent. Un nom parmi tant d'autres. Une vie parmi tant d'autres. Au Venezuela, la situation s'aggrave. Partout, les mêmes mécanismes : isoler, déshumaniser, détruire. Pendant ce temps, l'extrême droite est là, partout en Europe, normalise les comportements inhumains, transforme la compassion en faiblesse.
Le bombardement médiatique continue, la réalité virtuelle de nos écrans où est la frontière, Instagram, Facebook, sur toutes les plateformes, des vidéos de propagande du pouvoir en place côtoient celles de la rébellion, du soulèvement, des militants qui se manifestent partout sur terre.
Mais il y a aussi la beauté de l'humanité. Danser ensemble, c'est déjà résister. La fête est politique. La joie est révolutionnaire.
Spectateurs et acteurs, à tour de rôle, les uns pour les autres. Continuons le long spectacle. Continuons à raconter, à écouter, à croire ou à faire semblant de croire. C'est déjà beaucoup. C'est déjà tout.
À venir sur mars :
Corps Tendres - Lucie Yerlès
Mardi 13.01 → 20h / Mercredi 14.01 → 18h / Jeudi 15.01 → 20h
« La forme d'opposition ultime du capitalisme est de prendre soin des autres, et de soi-même, de fonder une sociabilité basée sur l'interdépendance, une politique du care. » – Johanna Hedva, autrice et musicienne
Hommage à Philippe Franck - Des affinités éternelles
Mardi 27.01 → 20h
Dans une salle baignée de pénombre, quatre musiciens se réunissent pour un concert unique en hommage à leur ami créateur sonore Philippe Franck (1963-2025).
Musiques Nouvelles : André Ristic (piano), Hughes Kolp (guitares), Pierre Quiriny (percussions), Jean-Paul Dessy (violoncelle).
Justices - Clément Papachristou
Mer 4.02 et jeu 5.02 → 20h
Mise sur l'humour, l'audace et l'inclusivité pour bousculer nos certitudes.
Tom Bourgeois Quartet "Lili"
Mercredi 4.02 et Jeudi 5.02
Un hommage jazz à l'œuvre de Lili Boulanger.
Vincent Delerm
Mardi 10.02 → 20h - Théâtre le Manège
Chanson française, concert assis.
Soleil - Louise Baduel
Mercredi 11.02 → 18h / Jeudi 12.02 → 20h
Théâtre le Manège - Danse
Benjamin Biolay
Jeudi 5.03 → 20h - Théâtre Royal
N.B. : Mon anniversaire tombe le 6 mars, si jamais ça intéresse certaines personnes.