6% pour l’opéra, 12% pour le rock : quand la TVA trie nos cultures

En Belgique, à partir du 1er mars 2026, un billet pour un festival rock sera taxé à 12% de TVA… tandis qu’un opéra ou un concert de musique classique restera à 6%.

Une TVA qui trie les publics

Le gouvernement Arizona a décidé de faire passer de 6 à 12% la TVA sur les billets de concerts et de festivals à partir de mars 2026, dans un paquet plus large de hausses sur la culture, le sport, le tourisme et les loisirs.

Mais dans ce même mouvement, plusieurs disciplines sont « protégées » : théâtre (de rue), danse, cirque, opéra, musique classique restent au taux réduit, voire échappent à l’augmentation.

Concrètement, un festival de musiques actuelles paiera 12%, là où un opéra ou un récital symphonique reste à 6%.

La réforme entrera en vigueur au 1er mars 2026, avec maintien du 6% pour les billets déjà payés avant cette date, ce qui complique encore la vie des billetteries.

Culture ou « divertissement » ?

Dans les documents et les débats politiques, la ligne de fracture est claire : d’un côté la « Culture » avec un grand C (opéra, musique savante, théâtre, danse), de l’autre ce qui serait du « divertissement » lucratif (festivals, pop, rock, rap, concerts, musées, matchs, etc.) renvoyé dans la case taxable à 12%.

Cette distinction ne repose pas sur une définition artistique évidente mais sur un compromis politique et des catégories fiscales déjà utilisées dans le tax shelter, ce que plusieurs députés pointent comme juridiquement fragile et difficile à appliquer.

FACIR souligne qu’on crée ainsi une rupture d’égalité entre pratiques artistiques qui contribuent toutes à la création, à l’emploi et à la participation culturelle, mais que l’on classe arbitrairement en « culture » d’un côté et « divertissement » de l’autre.

Même parmi les élus, la question est posée : comment justifier qu’un opéra reste à 6% quand un concert de Rosalia, pourtant proche de formes lyriques contemporaines, passe à 12% ? Où s’arrête la musique « savante » et où commence la pop ?

Une fiscalité à deux vitesses

Les organisateurs et programmateurs parlent d’une « fiscalité à deux vitesses » : certains arts de la scène sont épargnés, d’autres – surtout les musiques actuelles – sont mis à contribution, alors qu’ils tirent déjà la langue après les crises successives et l’explosion des coûts.

Pour des lieux souvent associatifs, reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles et pas toujours pleinement assujettis à la TVA, cette hausse se transforme en coût net, sans possibilité de le récupérer, ce qui réduit directement leurs marges.

La conséquence la plus mécanique, c’est la hausse des prix des billets ou la suppression de dates, avec un risque de baisse de fréquentation et d’accès à la culture pour les publics les plus fragiles.

Plusieurs acteurs culturels et politiques pointent que cette mesure frappe d’abord les pratiques populaires et les petits lieux, alors même qu’on prétend « maintenir l’accès à la culture » au centre du discours.

Hiérarchiser la culture, vraiment ?

En distinguant fiscalement l’opéra du rock, le classique du rap, la réforme ne se contente pas de lever un impôt : elle envoie un message symbolique fort sur ce qui mérite d’être protégé et ce qui peut être surtaxé.

FACIR parle d’une discrimination injustifiée entre disciplines, qui relègue les musiques actuelles dans la catégorie du simple divertissement alors qu’elles sont un pilier de la vie culturelle, des scènes locales aux grands festivals.
 

Des juristes et parlementaires rappellent que cette hiérarchisation pourrait se heurter aux principes d’égalité de traitement et de proportionnalité, et que l’avis du Conseil d’État sera déterminant pour juger de la solidité de la réforme.

En attendant, le signal est clair : on protège ce qui est perçu comme « élitiste », on charge ce qui remplit les salles des quartiers, les plaines de festivals, les cafés-concerts des centres-villes et des périphéries.

À qui la note finale ?

Sur le terrain, ce ne sont ni les partitions symphoniques ni les rapports budgétaires qui passeront à la caisse, mais bien les publics, les équipes et les artistes des musiques actuelles.

Chaque pourcentage de TVA en plus, c’est un cachet qu’on renégocie à la baisse, un plateau technique qu’on réduit, une date qu’on annule, un ou une jeune qui renonce à un concert parce que le billet dépasse son budget.

Augmenter la TVA sur la pop, le rock, le rap et les festivals tout en épargnant l’opéra et la musique classique, c’est accepter que l’accès à certaines formes de culture devienne plus cher, donc plus rare, donc plus réservé.

Si l’objectif affiché est de « faire rentrer de l’argent », le résultat concret risque surtout d’être une culture à deux vitesses : une pour les salles feutrées, une autre pour les parkings et les plaines, taxée comme un luxe alors qu’elle est, pour beaucoup, la porte d’entrée dans la vie culturelle.

Publié le 3 Février 2026 par
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uman flow
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