Derrière le masque il y a l’homme, pitoyable poussière d’humanité clapotant au dessus des abysses.
Ensuite vient la baleine à bosse, sa silhouette s’extrait lentement du bleu nuit des profondeurs.
Le cétacé approche, majestueusement. Bientôt il replongera pour de bon, destination l’Antarctique.
Au terme d’une de ces brèves œillades où une seconde prend des airs d'éternité, une communion mystique scelle les deux êtres que presque tout oppose.
C’est fini, le mégaptère s’enfonce à nouveau dans le bleu.
À part le bruit intermittent du clapot dans les oreilles, pour l’homme tout n’est plus que silence.
L’homme, de retour sur son semi-rigide, enlève son masque et songe…
- Où va-t-elle ?
- À quoi pense-t-elle lorsqu’elle navigue dans l’infinitude océanique?
- Rêve-t-elle parfois ?
- Se souviendra-t-elle de cet empoté planctonique?
Région du Centre, en février…
On oublie le Pacifique Sud, nous sommes au CHU TIVOLI.
Bien plus que décorer, le temps d’un printemps, quelques couloirs du Cancéropôle du CHU, les pastels secs de Sabine Deltenre suscitent des envies d’évasion nautique et ouvrent la porte aux doubles-sens, aux allégories, aux paraboles...
L’univers onirico-océanique de l’artiste, en porte-à-faux entre appréhension et fascination, offre aux patients et aux visiteurs une source d’émotions antagonistes où s’enchevêtrent la proximité des êtres et l’immensité du milieu, le mariage du sang chaud et de l’eau froide.
Des émotions antagonistes donc, étrangement comparables à celles éprouvées lorsqu’on parcourt en pantoufles ou en civière de longs couloirs traversés d’odeurs d’antiseptiques et de chariots hérissés d’aspérités bizarres…
Des couloirs aux ambiances feutrées, transpercées de chuchotements, de voix et de « bips » lancinants, comme d'obsédantes cigales électroniques. On y hésite entre silence et rires, souffrance et guérison, frayeur solitaire et bienveillance, avec pour seule arme une détermination (presque) sans faille à tipexer le désarroi du moment pour mieux dessiner l’avenir.
C’est la fin des visites, les familles reprennent le chemin des parkings.
De l’autre côté du monde, l’homme, encore imprégné de la magie de l’instant, se dirige vers le lagon.
Pendant ce temps, sous les vagues de l’océan comme dans les unités de soins, une autre vie continue, elle serpente inlassablement entre espoir et angoisse, entre bleu azur et bleu sombre…
Au gré de la houle pour les uns, au rythme du bruit des sabots des infirmières pour les autres.
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Sabine Deltenre anime des ateliers d'art plastique destinés aux patients ayant reçu un traitement contre le cancer. Du 9 février au 8 mai, elle expose quelques-unes de ses œuvres au sein du Cancéropôle du CHU TIVOLI.
Justement intitulée La traversée l’expo s’aborde comme une métaphore osant le parallélisme entre de mystérieuses routes migratoires et les chemins empruntés par celles et ceux pour qui le mot cancer évoque quelque chose de concret.
NB: Le cancéropôle se situe au premier étage ( qui se trouve sous l’entrée principale), il s'agit d'un labyrinthe étriqué mais néanmoins accueillant où souffrances tues et chaleur humaine se confrontent inlassablement… Avec toutefois un net avantage pour le second camp car tout ce que le personnel met en œuvre avec les moyens dont il dispose, il le fait avec un cœur gros comme ça.
À bientôt?
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