Le Corps et le Spectre - Gian Ponte & Fractales

Un mardi par mois, les étudiant·e·s et enseignant·e·s d’ARTS² nous proposent un concert de 50 minutes. Pour le prochain Midi d’ARTS², mardi 7 avril, Gian Ponte et l’ensemble Fractales nous invitent à une rencontre entre une figure influente du répertoire contemporain et des compositeurs émergents : Vortex Temporum (1995), du compositeur français Gérard Grisey, et de nouvelles œuvres composées par les étudiant·e·s de la classe de composition du Conservatoire.

Gérard Grisey (1946-1998) était, avec Tristan Murail (1947), l’un des fondateurs et théoriciens de la musique dite spectrale (même si Grisey préférait le terme de musique liminale). 

La musique spectrale en quelques mots ? La notion de spectre sonore, d’onde (waveform), est maintenant, avec la généralisation des logiciels de production musicale, familière à tout le monde ou presque, mais dans les années 1970, c’est une notion que l’on découvrait avec les progrès de l’informatique. On le sait, un son donné, un timbre, est composé d’un son dominant (la tonalité fondamentale), et d’un ensemble de petits sons qui l’accompagnent (les harmoniques). Les tenants de l’approche spectrale vont en quelque sorte décomposer cette structure du son, et l’intégrer dans leurs compositions.

Après plusieurs décennies dominées (dans le champ de la musique classique contemporaine) par la musique sérielle, cette nouvelle approche, apparue dans les années 1970, était (avec le courant minimal outre-Atlantique) un rafraîchissement bienvenu dans la musique classique contemporaine. C’est une musique qui s’éloigne de la sécheresse cérébrale de par exemple Boulez ou Stockhausen, une approche plus physique du son, je dirais presque corporelle. Aussi, des œuvres souvent moins dissonantes pour nos oreilles habituées à des musiques tonales.

En quelque sorte, la musique spectrale poursuit des recherches abordées dans certaines de leurs œuvres par Xenakis, Scelsi ou Ligeti (dont Grisey a d’ailleurs suivi les séminaires) : d’une certaine manière, elle commence là où ces derniers s’étaient arrêtés. 

(Ligeti, si vous êtes cinéphile, vous l’avez déjà entendu : son Lux Aeterna, c’est la bande-son de la scène finale de 2001 de Kubrick).

Enseignant en Formation aux langages contemporains au Conservatoire Royal de Mons, et également piano au sein de l’Ensemble Fractales, Gian Ponte est titulaire d’un Bachelor en musique à l’université de Rio de Janeiro, avant de compléter sa formation en Europe, où il obtient un Master dans la classe de Jean-Claude Vanden Eynden, Eliane Reyes et Claudine Orloff, ainsi qu'un second diplôme de Master en pratique de la musique contemporaine à la School of Arts de Gand sous la direction des ensembles Ictus et Spectra.

Fractales, quintet de musique contemporaine fondé en 2012 à Bruxelles, spécialisé en musique de chambre sans chef d’orchestre, s’est produit dans de nombreux festivals en Europe et a sorti deux albums, Fractales (Cyprès) and Fractionated (Soond). L’ensemble a joué la première de plus de 100 nouvelles œuvres.

 

Fractales, c’est :

Gian Ponte, piano 
Renata Kambarova, flûtes 
Martijn Susla, clarinettes 
Marion Borgel, violon 
Merryl Havard, violoncelle


Alors, à quoi faut-il s’attendre ? 
Une structure en trois mouvements : dans Vortex Temporum, Gérard Grisey reprend un même motif qu’il développe sur trois temporalités différentes (celle des hommes, celle, étirée des baleines, et celle, contractée, des insectes ou des oiseaux). Des passages nerveux, (faussement) chaotiques, d’autres plus contemplatifs, qui laissent s’exprimer le silence. Des sons glissants. De douces dissonances. Une certaine virtuosité. Des signatures rythmiques inhabituelles et ruptures de tempos : brusques accélérations et décélérations. De la microtonalité (quatre des cordes du piano ont été accordées un quart de ton plus bas). Des textures. Une sensation d’étrangeté et la sensualité des ondes sonores vibrant contre la peau.

Quant aux œuvres des étudiants : l’on verra bien, mais c’est quelque chose d’assez excitant d’entendre se créer la musique de demain.

 

Pour un tarif de 5€ (gratuit pour les étudiants d’ARTS² sur inscription : evenements@artsaucarre.be), avec un sandwich offert par-dessus le marché, c’est une vraie chance, sur un temps de lunch, de stimuler nos nerfs auditifs et peut-être sortir un peu de notre zone de confort (car la musique classique contemporaine, il faut bien l’avouer, c’est assez niche).

 

Il est certain que la musique traverse profondément nos corps, et nous met une oreille dans le ventre, dans les poumons, etc. Elle s'y connaît en onde et nervosité. Mais justement elle entraîne notre corps, et les corps, dans un autre élément. Elle débarrasse les corps de leur inertie, de la matérialité, de leur présence. Elle désincarne les corps. Si bien qu’on peut parler avec exactitude de corps sonore, et même de corps à corps dans la musique, par exemple dans un motif, mais c'est, comme disait Proust, un corps à corps immatériel et désincarné, où ne subsiste plus "un seul déchet de matière inerte et réfractaire à l'esprit". D'une certaine façon la musique commence là où la peinture finit [...]. Elle s’installe sur des lignes de fuite qui traversent les corps, mais qui trouvent leur consistance ailleurs.

G. Deleuze

 

Gian Ponte & Fractales
Les Midi d’ARTS²
Mardi 07/04, 12:15
Arsonic - Mons

 

P.S : aux plus curieux, je conseille cet excellent article de l’ensemble intercontemporain de la Philarmonie de Paris, qui vous décortique Vortex Temporum de manière plus technique et approfondie : 

Gérard Grisey : "Vortex Temporum". - Ensemble intercontemporain

Gérard Grisey
Gérard Grisey
L'ensemble Fractales
Publié le 26 Mars 2026 par

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