Imaginez Bruxelles en 1935. Le plateau du Heysel accueille l'Exposition universelle, avec ses pavillons, ses foules et ses promesses de modernité. Et au bord de ce décor, quelques tipis. Selon les sources consultées, quinze Lakota, hommes, femmes et enfants, ont traversé l'Atlantique pour y faire vivre leur culture sous les yeux du public : danses, démonstrations d'adresse, scènes de la vie quotidienne. Une aventure humaine d'abord, un spectacle ensuite : toute la difficulté, et tout l'intérêt, est dans l'ordre de ces deux mots.

Lakota Mumask biche

C'est cette histoire que le Mumask a choisi de raconter, et le choix est moins étonnant qu'il n'y paraît. Un musée du masque et du carnaval est un musée de la mise en scène : il sait ce que veut dire se costumer, se montrer, jouer un rôle devant les autres. Poser la question du spectacle indien de 1935 dans une maison qui interroge depuis longtemps la frontière entre rite, fête et représentation, c'est la poser au bon endroit.

Le parcours réunit, des coiffes, des parures, des tenues, des affiches, des photographies et des objets du quotidien. Les objets, proviennent d'une collection privée, celle de François Chladiuk, qui les aurait découverts dans des malles chez un antiquaire du Sablon. On aime que l'exposition parte d'une trouvaille matérielle plutôt que d'un discours : un objet, ça se regarde, et ça résiste.

Reste à savoir comment on regarde. Le Wild West et ses descendants ont longtemps fabriqué une image figée des peuples autochtones d'Amérique du Nord, faite de plumes et de chevauchées. Les Lakota de 1935 jouaient avec cette image, parce que l'époque l'attendait, et peut-être parce que c'était un travail. Les sources évoquent le désir de pratiquer certains aspects de leur culture, de gagner un meilleur salaire et de voir le monde. Voir ces pièces aujourd'hui, c'est aussi voir ce que le regard colonial demandait aux personnes qui les portaient.

Pour le 7, le sujet a une résonance particulière. Binche est connue pour son carnaval et ses Gilles, patrimoine vivant où le costume porte une mémoire collective. Placer côte à côte cette tradition locale et les tenues d'un peuple venu de loin, présentées au public d'un autre temps, invite à une question simple : qui décide de ce qu'on montre, et pour qui ? Le petit musée du Centre se frotte ici à un thème mondial, et le fait sans prétendre avoir réponse à tout.

Alors, avant le 10 janvier, prenez le train pour Binche, laissez les masques de côté une heure, et allez regarder comment un spectacle de 1935 raconte encore notre façon de regarder les autres.

- Musée international du Carnaval et du Masque, rue Saint-Moustier 10, 7130 Binche, du 28 juin 2026 au 10 janvier 2027. 

- Horaires : du mardi au vendredi de 9h30 à 17h, samedi et dimanche de 10h30 à 17h, fermé le lundi. 
 

Publié le 22 Octobre 2026 par
sgfsgs
Casteleyn Alexandre
Photographe
Vidéaste

Tu vas kiffer aussi

Paprika

Paprika au Plaza, une fin du mois parfaitement assaisonnée.

Naza

Le sujet fait-il le cinéma ? Naza, de Yuval Abraham et Rachel Szor

Cover du 2eme album du groupe This is not yours

This Is Not Yours, frappe fort avec leur 2eme album, « Earth Will Eat You Again »

Programme du Plaza Art

Rétrospective Spielberg au Plaza : la magie chamallow face au tribunal de la radicalité

David Bran

Correspondance insoupçonnée : quand la céramique et le pochoir se répondent

La naissance du Désir

Chopper extended version, ce jeudi !

Luc Leens au Mundaneum

L'humour n'est pas la politesse du désespoir.

mcq vign

Dynamique culturelle & concours de pagnon.

Carnage Paradise

Attention, OVNI littéraire en approche !

(c) umanflow

Photographes: entre choix esthétiques, éthiques et légitimité

EXPO // AKELARRE — Ivan Antonica

EXPO // AKELARRE — Ivan Antonica

SAlon silly concert

Silly Concerts lance sa saison : 80 projets musicaux, un site tout neuf et un festival post-punk

À Tournai, la Maison de la Marionnette fait place à la création.

À Tournai, la Maison de la Marionnette laisse place à la création.