Bain de couleur : Corneille

Et donc, c’était la rentrée.

Vous avez sans doute eu droit à tous les poncifs : les photos d’enfants, cartable sur le dos et sourire forcé pour leur premier jour d’école, la reprise de la routine professionnelle, la météo qui se fait plus automnale (et j’en entend déjà, dans quelques jours, qui auront vite oublié les canicules et sécheresse de cet été, se lamenter sur la pluviosité de notre pays).

Dans les salles d’expo aussi, c’est la rentrée. L’été montois ne manquait certes pas d’évènements culturels, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que pour ces premières semaines de septembre, l’on ne sait déjà plus où donner de la tête.

Ainsi la première semaine du mois s’ouvraient deux expositions collectives. Jeudi, celle de l'Atelier 47B, chez Fracas. Vendredi, celle de Hang'Arts, à la MECS. Le lendemain, s’inaugurait au MACS un dialogue entre les arts (danse, musique et arts plastiques).

Ce vendredi 11, c’est l’Atelier des Capucins qui inaugure sa saison culturelle avec rien moins que Corneille (1922-2010).

Corneille

Le marché de l'art, tout comme les modes ou la musique, est cyclique. Après des années 1990-2000 lassées du néo-expressionnisme des 80's et marquées par un art plus conceptuel, participatif ou multimédia, l'on assiste depuis quelques années, il me semble, à un certain retour de la peinture, de sa matérialité, et d'une pratique davantage chargée du geste de l'artiste. Parfois même (ce n'est pas toujours un gros mot), de son pathos.

Peut-être sommes-nous lassés de la digitalisation du monde, et peut-être le retour en grâce de cette approche à la fois plus matérielle et plus personnelle en est, consciemment ou pas, l'une des manifestations.

Ainsi dans beaucoup de nos galeries aujourd'hui : une pléthore de peintures figuratives et expressionnistes, ultra-colorées, souvent très (parfois trop ?) proches d'un Basquiat ou d'un Combas par exemple, ou marquées par la culture pop ou graff.

Il est toujours bon de retourner aux sources. Et dans l'archéologie de cette famille de styles, Corneille, et Cobra, ne sont pas les moindres d'entre elles.

Corneille
Corneille

Je connaissais surtout Corneille pour son appartenance à ce mouvement, au tournant des années 1940 et 1950. Dans l’effervescence culturelle de l’après-guerre, les artistes de Cobra (Pour "Copenhague, Bruxelles, Amsterdam") furent de ceux qui bousculèrent les codes en vigueur et participèrent, avec d’autres, à l’essor d’une certaine approche de la peinture, plus gestuelle, plus expressive, presque brute.

J’ai beaucoup aimé Cobra. Plus jeune, Karel Appel fut pour moi un véritable modèle en matière d’expressionnisme figuratif. J’ai beaucoup aimé Asger Jorn, aussi. Quant à mon épouse, elle est fascinée depuis longtemps par les travaux de Pierre Alechinsky. 
Corneille, et les autres, je dois bien avouer que nous les connaissions moins. C’était donc pour nous, en quelque sorte, une session de rattrapage, vendredi, à la galerie de l'Atelier des Capucins. (Et quel meilleur lieu à Mons pour cela ? Car Cobra, les éditions du CEP et l’Atelier des Capucins, on le sait, c’est une longue histoire d’amour….).

En entrant dans l’espace de la galerie, j’ai tout de suite retrouvé la familiarité de cette expressionnisme fort et libre que j’aimais chez Cobra. Mais, surtout, ce sont les couleurs qui nous frappent. Ces couleurs spectaculaires, franches, posées en grands aplats, qui nous sautent aux yeux les unes après les autres comme autant de petites décharges de dopamine. 

Corneille
Corneille
Corneille

A l’étage, quelques travaux plus anciens manifestent une esthétique de l’informel typique de cette époque d’après-guerre, proche de celle de ses acolytes de Cobra. Certains m’évoquent aussi ce que produisait, au même moment, Jean Dubuffet. Le trait, semblant jeté d’un geste rapide et instinctif, rappelant parfois la manière de la calligraphie zen japonaise, est lui aussi particulièrement caractéristique de cette période.

Mais à l’Atelier des Capucins, j’ai surtout découvert le Corneille de l’après Cobra, et c’est peut-être dans ces années de maturité qu’il a produit ses peintures les plus fortes. Le peintre s'est tracé un chemin vers toujours plus de couleur. Vers plus de « simplicité », dans le sens d’une certaine économie du geste. Et surtout, vers plus d’émotion.

Bien qu'ils n'aient pas tout à fait la même sensibilité, ni n'appartiennent à la même génération, Corneille aux Capucins nous prépare, à mon sens, à Chagall son aîné, exposé au CAP à partir du mois prochain. Les analogies sautent aux yeux. Son trait, sa façon de dessiner ses oiseaux, certains personnages... Son attention portée au monde animal... Et puis bien sûr, ces couleurs.

Corneille

Vous l’aurez compris, on s’en prend plein les yeux. Comme toujours, les photographies ne rendent pas justice à la peinture, et vous l’aurez peut-être remarqué : il n’y a pas ici de reproduction d’œuvres entières. C’est un parti-pris : j’ai voulu mettre en exergue son coup de pinceau, ses aplats de couleurs, ses géniaux petits détails. 

On trouve tout ou presque tout, sur le Web : vous y trouverez moult reproductions des œuvres de Corneille. Mais une peinture ne s'appréhende vraiment que par notre présence physique. Par la matérialité du pigment. Par les détails qu'une reproduction ne peut saisir. Par la manière qu'ont certaines couleurs de vous sauter aux yeux, et qu'aucune photographie ne peut, je crois, manifester.

Alors pour reprendre les mots que j'employais plus haut, soyons donc lassés par la digitalisation du monde, et allons voir ces peintures, celles de Corneille et celles des autres, accrochées sur les cimaises de nos galeries.


Exposition du vendredi 11 au dimanche 27 septembre 2026
Galerie de l’Atelier des Capucins
15, rue Masquelier, Mons
Les vendredis de 15h à 18h
Les samedis et dimanches de 14h à 18h
Entrée gratuite

 

Publié le 14 Septembre 2026 par

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