Il y a des projets qui mûrissent pendant des années, et d’autres qui s’imposent comme une évidence. Canard, premier court-métrage du réalisateur montois Michel Duprez, appartient clairement à la seconde catégorie. Écrit en juillet, tourné en août, projeté en septembre, ce film « sub-réaliste » est né d’un élan collectif et spontané, porté par une équipe locale soudée et une envie simple : faire du cinéma sans attendre les financements ni les autorisations.

Le film suit Tom, un homme incapable de tourner la page après une rupture. Christine, sa compagne de longue date, le quitte pour leur meilleur ami Jerry. Tandis que le nouveau couple s’épanouit, Tom s’isole peu à peu du monde, obsédé par un petit canard de fête foraine. Raconté en fragments impressionnistes, Canard explore la perte, l’obsession et la reconstruction, sans chercher à expliquer mais plutôt à faire ressentir.

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Duprez parle de son film comme d’un “accident heureux”, tourné presque sur un coup de tête, mais avec une exigence totale. “On voulait faire un film sans passer par le parcours du combattant habituel. Quand on a peu de moyens, il faut être inventif à chaque étape, mais cette liberté est précieuse”, confie-t-il. Le résultat est un objet singulier, entre absurde et émotion retenue, où la mise en scène joue autant sur le silence que sur le décalage. On pense parfois à Dupieux pour l’humour étrange, à Roy Andersson pour la lenteur poétique, ou même à certains courts de Carax pour la sincérité des gestes.

Autour de Duprez, une équipe montée comme une petite troupe : Perrine Vanderhaeghen à la direction artistique et à la production, Pierre Vandamme à la caméra et à la lumière, Jean-Marc Nicoletti au son, Erine Chennevier au maquillage, Stefania Greco à la scripte et David Deghislage à la régie. Côté interprétation, Chloé Struvay, Raffaele Giuliani, Erico Salamone, Olivier Bonjour et François Romain donnent corps à cette chronique de la rupture. Les photographes Stephen Vincke et Daniel Decot ont, quant à eux, capté la douceur et la folie du tournage.

Et le petit film montois n’est pas passé inaperçu. Aux Los Angeles Film Awards, Canard a décroché plusieurs distinctions : Meilleur acteur pour Raffaele Giuliani, mention honorable du meilleur duo pour Chloé Struvay et Giuliani, ainsi qu’une mention pour la réalisation et le montage signée Duprez. “Pour un premier film, c’est un vrai plaisir. On ne s’attendait pas à ce que ça voyage aussi vite”, raconte le réalisateur, visiblement encore surpris par l’accueil.

 

Mais au-delà du palmarès, Canard témoigne surtout de la vitalité d’une scène régionale qui continue à se battre pour exister. Dans un moment où le Centre du Cinéma de la Province de Hainaut s’apprête à disparaître, le projet fait figure d’exemple. “C’est un peu absurde : on applaudit des films hennuyers à Los Angeles, pendant qu’ici on ferme les structures qui les ont rendus possibles”, remarque Duprez avec une ironie amère.

Cette contradiction résume bien le cinéma indépendant : bricoler, improviser, exister malgré tout. Et c’est peut-être ce qui rend Canard aussi attachant. Tourné sans budget, mais avec beaucoup de sincérité, il rappelle qu’un bon film, c’est d’abord une idée qu’on ose concrétiser.

Duprez et Vanderhaeghen préparent déjà d’autres projets, cette fois avec un cadre de production plus classique. Mais l’esprit restera le même : aller vite, s’entourer de gens de confiance et préserver cette forme de liberté qui donne naissance à des œuvres inattendues.

Le Canard montois a pris son envol, et il semble bien décidé à ne pas se poser tout de suite.

Publié le 6 Novembre 2025 par
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Casteleyn Alexandre
Photographe
Vidéaste

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