La photographie analogique à l'ère de l'IA à tout prix

Une pellicule dans un appareil photo, ce n’est jamais tout à fait anodin. Elle contient un nombre limité d’images. Chaque déclenchement en consomme une. Impossible de l’effacer, de la recommencer ou d’en prendre vingt autres « au cas où ». Il faut regarder, choisir et, parfois, renoncer.

C’est peut-être précisément pour cela que la photographie argentique séduit une génération née avec le smartphone, les images illimitées et, désormais, l’intelligence artificielle. Un récent reportage de France Culture s’intéresse à ces jeunes qui reviennent à la pellicule et au développement, malgré le temps, le coût et la patience que cette pratique exige. En témoigne l'excellent de travail d'Alexandre Casteleyn que je partage ici. 

En tant que photographe, ce retour m’interpelle autant qu’il m’intéresse. L’argentique remet de la tension dans un geste devenu presque banal. Photographier n’est plus seulement enregistrer ce qui se trouve devant soi. Il faut observer la lumière, construire le cadre et accepter de ne pas connaître immédiatement le résultat.

Cette part d’incertitude peut sembler inconfortable. Elle est aussi profondément stimulante. À l’heure où nos téléphones corrigent, améliorent et classent automatiquement les images, la pellicule nous rappelle qu’une photographie peut rester imparfaite. Un grain trop présent, une mise au point hésitante ou une lumière inattendue peuvent devenir une signature plutôt qu’une erreur à supprimer.

Je suis personnellement adepte du « less is more ». Non par goût de la privation, mais parce que la contrainte oblige à décider. Lorsque tout est possible, nous pouvons facilement nous perdre dans l’accumulation. Lorsque les possibilités se réduisent, l’attention augmente et surtout l'intention, notion essentielle en photographie. 

La photographie n’est d’ailleurs pas la seule à connaître ce mouvement à contre-courant. Le vinyle retrouve les platines, la cassette audio réapparaît et les anciennes consoles séduisent des joueurs qui n’ont parfois pas connu leur première commercialisation. À chaque fois, il est question d’un objet que l’on manipule, d’un rituel que l’on apprend et d’une expérience qui ne se résume pas à un fichier disponible instantanément.

Il serait tentant de n’y voir qu’une nouvelle mode vintage, soigneusement mise en scène sur les réseaux sociaux. Cette esthétique du passé est bien réelle. Mais elle ne suffit probablement pas à expliquer le phénomène. Derrière ces retours se cache aussi un désir de matérialité et de lenteur dans un quotidien ultra-connecté.

L’intelligence artificielle nous promet aujourd’hui de produire plus vite, davantage et parfois sans même avoir à sortir de chez nous. L’argentique propose exactement l’inverse : sortir, regarder, attendre et accepter le hasard. Il ne s’agit pas de choisir un camp. Le numérique et l’IA peuvent ouvrir d’autres espaces de création. Mais la facilité technique ne garantit ni l’attention ni l’intention.

Le vintage ne remplace donc pas le présent. Il nous invite peut-être à mieux l’habiter. À déclencher moins, mais à regarder davantage.

Une liste de photographes "argentiques" de la région que je vous invite à découvrir le travail: Alexandre Casteleyn, Franck Debosque, Gil Barez, Andy Tierce, ...

Publié le 2 Septembre 2026 par
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