Pour cette 14ème édition, Ronquières fait ce qu'il fait de mieux depuis 13 ans : mélanger des têtes d'affiche internationales avec des artistes de chez nous, sans hiérarchie implicite, sans ghetto "scène locale". Une conviction éditoriale qu'on partage.

Vendredi 7 août : la Belgique en tête de gondole

La soirée d'ouverture dit quelque chose de fort en choisissant Oscar and the Wolf comme headliner. Max Colombie, c'est l'une des plus belles histoires de la pop belge de ces dix dernières années. De l'indie folk de ses débuts avec Entity en 2014, en passant par la dance euphonique d'Infinity en 2017, jusqu'au synthpop cinématographique de TASTE en 2024, il a construit un univers immédiatement reconnaissable, capable de remplir des salles de 20 000 personnes aux quatre coins du monde, d'Anvers à Istanbul en passant par Tomorrowland. Son TASTE Tour 2026 est l'un des évènements les plus attendus de l'été, et le voir fermer la première soirée du festival au Plan Incliné, c'est une évidence qui fait chaud au cœur. Et il ne viendra pas seul dans l'esprit : en décembre dernier, il a sorti Jardin, un EP commun avec Roméo Elvis, qui joue lui aussi ce vendredi. Deux Belges, un Flamand et un Wallon, frère d'Angèle, rappeur à la plume acérée et à l'énergie scénique redoutable. Cette collaboration entre les deux artistes, née d'un dîner improvisé, représente exactement ce que la scène belge peut faire de mieux quand elle s'unit plutôt que de se diviser.

Hooverphonic, eux, sont dans une autre temporalité. Trente ans de carrière, un son inimitable quelque part entre trip hop, électronique et pop orchestrale, et Geike Arnaert de retour dans le groupe depuis 2020. Ils viennent tout juste de célébrer le 25ème anniversaire de The Magnificent Tree avec un concert événement à la Lotto Arena d'Anvers. Les voir sur scène à Ronquières, c'est une leçon de musique belge vivante.

Adèle Castillon complète le tableau de cette première soirée. La Française ex-Videoclub porte son deuxième album solo Crèvecoeur depuis 2024 et 2025, un projet électro-pop qui a confirmé sa place parmi les voix les plus singulières de la nouvelle génération francophone. Suzane, Acid Arab et Joachim Pastor viennent ajouter leurs univers respectifs à une soirée qui brasse large.

Samedi 8 août : entre légende britannique et machine de guerre électro

DJ Snake occupe le sommet de la soirée du samedi. William Grigahcine, dit DJ Snake, c'est l'un des DJs les plus écoutés au monde, auteur de Lean On ou encore de Taki Taki avec Selena Gomez et Cardi B. Son album Nomad, sorti en novembre 2025, prolonge sa vision d'une musique totale, sans frontières, qui emprunte au Maghreb, à l'Amérique latine, à l'Afrique et à l'électronique globale. C'est aussi un artiste qui n'hésite pas à utiliser sa plateforme pour ce qui compte : ses prises de position publiques et répétées en faveur de la Palestine, sur scène et sur les réseaux, font partie de son identité. Un artiste engagé dans le sens le plus sincère du terme.

En face, on retrouve Suede, et c'est un cadeau. Le groupe de Brett Anderson est l'une des histoires de comeback les plus saisissantes du rock britannique. Après une séparation en 2003 et un retour en 2010, ils ont sorti cinq albums depuis, dont leur dixième, Antidepressants, en septembre 2025, décrit par Brett Anderson lui-même comme un disque post-punk traitant des tensions de la vie moderne, de l'anxiété et de la recherche de connexion humaine dans un monde fragmenté. Un groupe qui n'a jamais autant créé que depuis son retour. Les tournées de leur Dancing with the Europeans Touraffichaient complet des mois à l'avance.

Fatal Bazooka, Rilès, Pommelien Thijs, Felix Da Housecat complètent une soirée qui ne laisse aucun répit. Pommelien Thijs mérite une mention particulière : la chanteuse flamande est l'une des artistes belges les plus populaires du moment, et sa présence ici dit quelque chose sur la capacité de Ronquières à réunir les deux communautés autour d'une même scène.

Dimanche 9 août : fermer en beauté avec la promesse de demain

Macklemore pour clôturer. Benjamin Haggerty, c'est Thrift Shop, Same Love, Can't Hold Us, des hymnes générationnels qui ont tourné en boucle dans des millions de voitures, de chambres, d'écouteurs. Son album BEN de 2023 a montré un artiste plus personnel, plus vulnérable, parlant de ses batailles avec l'addiction et de sa reconstruction. Sur scène, il est une force de la nature, communautaire et généreux.

Charlotte Cardin, elle, est au sommet de sa trajectoire. La Québécoise nommée Billboard Global Woman of the Year 2025 a construit en quelques années une fanbase internationale avec son album 99 Nights, dont le single Feel Good a trusté les radios françaises. Elle prépare un troisième album attendu à l'automne 2026, qu'elle décrit comme plus cinématographique, avec des sonorités électro. Le voir à Ronquières juste avant cette sortie, c'est une chance.

Et puis il y a Iliona. La Bruxelloise de 25 ans, née le même été que Ronquières ou presque, incarne une génération qui compose dans sa chambre, produit ses propres sons, écrit ses propres clips, et dépose sur des bandes des vérités qui touchent au-delà des frontières. Son premier album What If I Break Up With U?, sorti en mars 2025, l'a propulsée à l'Olympia de Paris en novembre et dans des dizaines de festivals cet été. Une voix qu'on range quelque part entre Françoise Hardy et Stromae, mais qui ne ressemble vraiment qu'à elle-même. Elle joue dimanche soir à Ronquières, et si vous ne la connaissez pas encore, c'est le moment idéal pour découvrir pourquoi tout le monde en parle.

Disiz, figure tutélaire du rap français, Joyhauser en clôture électronique, Marguerite, Todiefor et Lovelace côté belge complètent une dernière soirée généreuse et ouverte.

Ce que Ronquières fait que peu d'autres font

Ronquières n'est pas seulement un festival avec une belle affiche et un cadre exceptionnel. C'est un projet culturel qui a décidé depuis le départ que les artistes belges méritaient les mêmes lumières que les noms internationaux. Pas comme geste de bienveillance, mais comme conviction profonde. Oscar and the Wolf en headliner, Hooverphonic, Roméo Elvis, Iliona, Pommelien Thijs, Calumny, Moodylow, Globul, Todiefor, Lovelace sur la même affiche que DJ Snake, Macklemore et Suede : c'est un signal.

Dans un contexte où la culture belge se bat pour exister et être reconnue à sa juste valeur, un festival qui dit à voix haute que les artistes de chez nous sont à la hauteur de n'importe qui d'autre, c'est précieux. Pas par chauvinisme, mais par honnêteté artistique. Et les chiffres le confirment : cette affiche n'a rien à envier à aucun festival européen du même calibre.

Les tickets sont disponibles sur ronquieresfestival.be. Les péniches, elles, n'attendent pas.

Ronquiere line up
Publié le 28 Juillet 2026 par
sgfsgs
Casteleyn Alexandre
Photographe
Vidéaste

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