Dans la jungle de Beloeil, même les louveteaux de 3 ans tiennent le rythme
Il y a des paris qu'on ne prend qu'en connaissance de cause. Emmener des enfants de 3 ans assister à un spectacle en plein air de plus de deux heures, un soir de semaine, en dépassant largement l'heure du dodo, ça sentait le pari perdu d'avance. Et pourtant.
Direction le parc du Château de Beloeil, métamorphosé pour l'occasion en forêt luxuriante par Luc Petit et son équipe des Nocturnales, qui reviennent après leurs adaptations de Pinocchio, Peter Pan ou encore Alice au Pays des Merveilles. Cette fois, direction la jungle de Kipling, réécrite par Jean-Louis Godet, avec Mowgli, Baloo, Bagheera et l'inévitable Shere Khan qui rôde entre les frondaisons. On avance de tableau en tableau, guidés à travers le domaine, tantôt assis face à une clairière qui s'illumine, tantôt debout au bord d'un étang qui devient soudain le théâtre d'une scène entière. Le colonel et son fidèle assistant font la liaison entre les scènes avec un aplomb so British qui arrache déjà les premiers rires aux plus grands pendant que les petits, eux, cherchent Baloo des yeux.
Et c'est bien là que le spectacle frappe fort : il joue sur tous les tableaux à la fois. Danses, numéros de cirque, jongleurs de feu, comédiens, une centaine d'artistes professionnels, amateurs et talents locaux se relaient dans un décor naturel sublimé de lumières, pendant qu'une pluie de clins d'œil à des films cultes et des musiques bien connues vient nourrir la nostalgie des adultes présents. Ajoutez-y quelques jeux de mots franchement pourris, le genre qui fait lever les yeux au ciel avant de déclencher un fou rire général, et une poignée d'anachronismes bien sentis qui modernisent l'histoire sans jamais trahir son cœur : le mélange fonctionne à merveille, pour les petits comme pour les grands.
Car c'est peut-être ça, la vraie prouesse du spectacle : réussir à captiver un enfant de 3 ans pendant deux heures et demie sans qu'il ne réclame une seule fois de rentrer, tout en réveillant chez l'adulte accompagnateur l'enfant qui sommeillait tranquillement quelque part entre deux réunions et une liste de courses. Luc Petit le confiait récemment dans la presse : « Ce que j'essaie de faire, c'est sortir les gens pendant trois heures de leur quotidien et de la réalité ». Mission accomplie, jusque dans les moindres détails : on apprend que les décors ont été façonnés pendant un an aux côtés de résidents de La Pommeraie, une institution pour personnes en situation de handicap, qui foulent eux-mêmes les planches aux côtés des artistes. Une belle manière de rappeler que la magie, quand elle est bien construite, se partage.
On ressort du parc un peu fourbu, les enfants endormis dans les bras ou trottinant encore d'excitation, avec cette certitude un peu bête mais tenace : on y retournera, ne serait-ce que pour ne pas rater les jeux de mots qu'on n'a pas eu le temps de tous saisir la première fois.
Infos pratiques : Le Livre de la Jungle, jusqu'au 16 août 2026, dans le parc du Château de Beloeil. Parcours déambulatoire d'environ 2h30, départ depuis l'Orangerie. Infos et réservations sur nocturnales.be.