Une vie, un objectif : Didier Lebrun expose 36 ans d'histoire belge à Mons

Il y a ce regard, d'abord. Glaçant. Celui de Marc Dutroux, figé par l'objectif de Didier Lebrun lors de son procès aux assises d'Arlon, en 2004. Une image qui, à elle seule, dit tout de l'horreur d'une affaire qui a bouleversé la Belgique. Puis il y a cet autre cliché, presque comique par contraste : Jean-Luc Dehaene, Premier ministre, chevauchant un taureau mécanique lors d'un déplacement à Dallas, quelques mois avant les élections législatives de 1995. Entre ces deux images et des dizaines d'autres, ce sont trente-six ans d'actualité belge que Didier Lebrun a figés, un déclic après l'autre. À partir du 17 septembre, ce sont ces instants qu'il donne à voir aux Ateliers de l'UCLouvain en Hainaut, à Mons.

Photo de Marc Dutroux

Un œil posé sur l'histoire en marche

Photographe de presse à l'agence Photo News depuis le début des années 1990, Didier Lebrun a couvert à peu près tout ce que la Belgique a connu de moments marquants : la vie politique et royale, les grands procès, les crises sociales, les drames et les liesses collectives, mais aussi la culture et les rendez-vous internationaux impliquant notre pays. Il a accompagné la famille royale et des membres du gouvernement lors de missions à l'étranger, et a été le témoin direct d'événements qui ont façonné la mémoire collective belge, du génocide au Rwanda en 1994 à la libération, en mai 2023, de l'humanitaire Olivier Vandecasteele après quinze mois de détention en Iran.

Ce qui frappe, à l'écouter, c'est la manière dont son métier change selon l'enjeu du moment. Sur un reportage magazine, comme celui qu'il a récemment consacré au musée Van Buuren, ce joyau Art déco d'Uccle qu'il connaît bien pour y avoir déjà suivi la reine Mathilde, il peut prendre son temps : deux cents photos prises au grand angle, dont seule une poignée sera finalement retenue et envoyée à l'agence. Mais face à un sujet politiquement sensible, touchant à la famille royale par exemple, tout change : les images partent en quelques minutes à peine. « Depuis le début de sa carrière, son métier a beaucoup changé, mais l'essentiel lui reste le même : tenter de saisir le moment décisif », résume-t-il.

Sa définition d'une photo réussie tient d'ailleurs en une formule simple et exigeante : une image qui informe correctement et directement, qui permet de comprendre une situation d'un coup d'œil, qui peut aussi témoigner, et qui fixe le moment le plus important d'un reportage. « Même si aujourd'hui l'image est partout, ces photos montrent que rien ne remplace l'œil du photographe professionnel », affirme-t-il — une conviction qui résonne particulièrement à l'heure où les images générées par intelligence artificielle brouillent parfois la frontière entre ce qui a réellement eu lieu et ce qui a été fabriqué.

Photos du Rwanda

Le photographe de presse, sentinelle discrète de la démocratie

C'est bien là que se niche l'enjeu de société derrière cette exposition. Le photographe de presse n'est pas un simple illustrateur de l'actualité : il en est un des garants. En fixant sur la pellicule ou le capteur numérique un instant qui ne se reproduira jamais, il offre au public une preuve, un point d'ancrage dans le réel, indispensable au débat démocratique. Une image d'actualité, utilisée dans le cadre du journalisme, est un outil de démocratie ; et le photojournaliste, par sa seule présence sur le terrain, garantit la pluralité des sources et des regards. Longtemps, le photojournalisme a eu pour fonction de valider l'information par l'image, selon l'adage « je ne crois que ce que je vois ». À l'heure où cet adage vacille sous la pression des contenus synthétiques, le travail d'un homme comme Didier Lebrun, présent physiquement à chaque procès, chaque sommet, chaque drame national, prend une valeur singulière : celle d'une mémoire visuelle vérifiée, incarnée, assumée. Ses images ne se contentent pas d'illustrer l'actualité belge des trente-six dernières années : elles la constituent, elles en sont les archives sensibles, celles que l'on ressort quand il faut se souvenir de ce que le pays a traversé.

Photo de SM la Reine Mathilde

Les infos pratiques du vernissage

  • Vernissage : jeudi 17 septembre 2026, dès 18h
  • Exposition visible : du 18 septembre au 30 octobre 2026
  • Horaires : en semaine de 9h à 18h, le week-end de 14h à 18h
  • Entrée libre
  • Lieu : Ateliers de l'UCLouvain en Hainaut, 2 rue des Sœurs Noires, 7000 Mons (entrée par le parking, rue du Grand Trou Oudart)
  • Infos : cellule-culture-mons@uclouvain.be — 065 40 69 10
Photos politiques
Publié le 12 Septembre 2026 par
Autoportrait
uman flow
Auteur
Photographe

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