Queendom, d’Agniia Galdanova
Un rappel dévastateur et urgent que l'art peut être dangereux, important, politique et puissant - surtout avec des talons de vingt centimètres.
Empire Magazine
Comme tous les mois au Plaza Arthouse Cinema, le groupe de réflexion Genre.S de l’UMons organise sa séance ciné, suivie d’un débat : Ciné Genre.S. Ce rendez-vous se veut espace de réflexion et de dialogue autour des inégalités liées aux questions de genre, des luttes et des formes d’expression autour des communautés LGBTQIA+.
Ce mardi 12 mai, le Ciné Genre.S nous propose le documentaire Queendom (2023), de la réalisatrice russe Agniia Galdanova. Et, au vu de son trailer, ce dernier s’annonce aussi touchant que visuellement beau.
Le pitch :
"En Russie, l’artiste queer de 21 ans Gena Marvin se met en scène dans des performances qui semblent venir tout droit d’une autre planète, dérangeant la croisade anti-LGBTQIA+ menée par Vladimir Poutine depuis des années. Face à un quotidien sinistre de plus en plus répressif, son esthétique radicale devient alors politique, brouillant les frontières entre identité, art et activisme. Grâce à la magnifique cinématographie de la réalisatrice Agniia Galdanova, l’univers sombre et étrange de Gena se déploie pour nous révéler toute la puissance évocatrice de l’art comme combat pour s’affirmer au péril de sa vie."
(BAFF - Brussels Art Film Festival)
Née à Saint-Pétersbourg en 1987, Agniia Galdanova étudie le journalisme à Moscou avant d’obtenir en 2012 une licence en réalisation à Berlin. Elle travaille sur quelques clips musicaux et courts-métrages. En 2020, elle réalise son premier film documentaire, One Step Forward, One Step Back (2020), l’histoire d’une famille partant vivre loin de la civilisation, dans l’Altaï.
À Berlin, Agniia a fréquenté la scène drag, un univers qui l’a fascinée, et elle souhaitait développer un projet de série documentaire autour des communautés queer dans son pays d’origine. La situation des minorités sexuelles et de genre, qui n’y était pas des plus enviables, n’y était pourtant alors pas aussi alarmante qu’aujourd’hui (rappelons qu’en novembre 2023 la Cour Suprême russe a désigné le mouvement LGBTQ d’extrémiste).
Agniia partit à la recherche de lieux où l’on n’imaginerait pas qu’un tel univers puisse exister, dans des régions reculées de la Russie. Comme Magadan, à l’extrême-est du pays, au bord de la mer d’Okhotsk, où elle rencontrait Gena. Elle décidait alors de consacrer un long-métrage à son histoire.
C’est dans cette petite ville, où se trouvaient les goulags de Staline, « métaphore de la mort, de la peur, de la terreur et d’une totale absence de liberté* », selon les mots de la réalisatrice, que s’ouvre Queendom. L’on y voit Gena y déambuler, dans la neige, en talons hauts, un maquillage et une tenue qui lui donnent l’air de venir d’une autre planète, dans un contraste saisissant avec la grisaille et le conformisme de sa ville. Le drag est pour Gena un acte politique : en utilisant du fil barbelé, du ruban adhésif ou des déchets pour réaliser des performances, comme autant d’actes de résistance, dans les rues de Magadan ou de Moscou.
Le film était initialement destiné à un public russe, mais en raison du contexte qui s’est fortement dégradé ces dernières années (censure, lois liberticides, oppression de la communauté LGBTQ…), c’est délicat… La production est franco-américaine, et le film n’a pas été officiellement distribué en Russie.
« Nous avons trouvé un réseau de distribution mais c’est compliqué – nous devons protéger les personnes qui apparaissent dans le film et qui n’ont pas quitté la Russie. Les jeunes de la nouvelle génération doivent voir l’histoire de Gena pour savoir qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils peuvent parler pour eux-mêmes, mais les générations précédentes doivent la voir aussi, pour savoir et comprendre*. »
A.G
Organisé avec l’UMons, la HEPH Condorcet et la HEH, la séance sera précédée du court métrage The Fans de Seva Galkin. Censuré en Russie, il raconte la relation entre deux jeunes skinheads qui se livrent à des violences homophobes… tout en ayant des relations sexuelles ensemble.
Bref, que vous soyez curieux·ses, allié·es ou militant·es, c’est l’occasion d’une belle découverte et d’un échange enrichissant.
* Les deux citations de la réalisatrices sont extraites de son interview pour le magazine Numéro du 30 décembre 2024.
Mardi 12 mai à 20h
Plaza Arthouse Cinema
Rue de Nimy, 12
Mons
Tarif : 8 € (Abonnements et pass Cineville acceptés)
2x5 entrées à gagner comme chaque mois sur la page Facebook de Genre.S
Réservation ici.