To control or not to control

Les Hommes ressentent un besoin constant de tout contrôler mais, une poignée seulement l'aura compris, ce sentiment est souvent accompagné de son lot de destruction. La raison ? Nourrir son ego et exister à tout prix, parfois plus que les autres. Il se met alors à créer des Outils, des Armes et des Machines pour l'aider dans sa démarche et conquérir toujours plus d'horizons, mais une question morale se pose alors : lorsque nous vivons dans un monde où l'empathie reste parfois un acte compliqué, et que la place de la Machine est de plus en plus importante, il est pertinent de se demander quelles seront les conséquences pour ces dernières. Pour y répondre, je vous propose de plonger dans l'univers d'Emmanuel Selva pour sa deuxième exposition à la Thanks Galerie, là où les Constructions d'acier et les Intelligences Artificielles ont tout autant leur place que nous.
 

Un "état de lieu"

Quand je lui demande si cette future cohabitation l'inquiète, il me répond que non. Ou du moins, pas de la manière dont on pourrait l'imaginer. C'est un état de lieu, me dit-il, et il a probablement raison. Au fur et à mesure que nous donnons plus de place aux Machines, nous nous rapprochons du jour où la question de leur liberté se posera. Cette vision fataliste nécessite en effet réflexion. Parce que si on accepte que les choses évoluent dans ce sens et qu'on arrête de se battre contre ce qui est inévitable, alors peut-être qu'on peut commencer à réfléchir à comment s'y adapter.

 

La Machine comme miroir

Ce qui l'intéresse fondamentalement, c'est le rapport entre l'Homme et la Machine et la question de jusqu'où nous sommes prêts à accepter leurs interventions dans nos vies. Parce que l'industrialisation, ce n'est pas nouveau. On a toujours fabriqué des outils pour se simplifier la vie, pour aller plus vite, pour produire plus. Ce qui change, c'est son échelle, et surtout, la conscience qu'on en a, ou pas. L'utilisateur lambda, selon Manu, ne connaît pas le but précis des Machines qu'il utilise au quotidien. Il appuie sur des boutons, fait confiance à des algorithmes et délègue sans vraiment déléguer, parce qu'il n'a pas vraiment choisi. C'est aussi ça qu'il veut montrer dans son travail : cet asservissement commun sans vraiment mesurer les implications. Alors pour le moment ça va, les conséquences restent plutôt gérables, enfin semblent gérables… Mais qu'en sera-t-il quand qu'elles décideront de vivre d'elles-mêmes ?

Donner vie plutôt qu'utilité

C'est peut-être ça qui est le plus parlant dans sa vision, ce rapport qu'il a à l'utilité. Il dit qu'il ne connaît pas l'utilité de ses Machines. Il ne fait que fabriquer un plan à partir duquel elle décide alors de sa propre utilité. En lui laissant le choix de sa signification, il ne cherche pas à la contrôler en lui assignant une fonction précise ou en la mettant à son service, car il ne se sent pas légitime de lui donner une utilité prédéfinie. C'est une posture philosophique autant qu'artistique. Et elle dit quelque chose de très fort sur la manière dont on pourrait, nous aussi, repenser notre rapport aux Outils qu'on fabrique.

Emmanuel Selva
Etat de lieu

Less is more

Nous nous trouvons alors devant un pan de mur recouvert d'une série de ses réalisations. D'un premier abord, elles peuvent sembler enfantines, voire trop simples, mais ne vous y méprenez pas car s'y trouve un processus créatif que chaque artiste connaît bien. Pour l'étoffer, Manu m'expose alors une citation de Pablo Picasso : "Il m'a fallu quatre ans pour peindre comme Raphaël, mais toute une vie pour peindre comme un enfant." En effet, pour parler d'un sujet qui nous tient à cœur, il faut parfois savoir faire preuve de simplicité. Que ce soit en musique ou en peinture, c'est souvent comme cela que le message parvient à passer avec plus de sincérité. La vulgarisation devient alors une arme pour traiter des choses qui peuvent être plus sensibles, comme l'avenir robotique imaginé par l'artiste. C'est un peu sa manière à lui de nous le montrer en toute légèreté afin de proposer une réflexion chez le visiteur, car une vision anxiogène de la chose ne nous mènera jamais à trouver des solutions.

Contraste et équilibre

Mais il n'y a pas que ça dans son état de lieu, parce que de la technique, il en a. Dessins, peinture à l'huile, sculpture... : beaucoup de disciplines y passent et comme vous l'aurez compris, parfois plus simplement, mais aussi de manière beaucoup plus complexe. Par exemple, avec ce que je qualifierais de masterpiece de l'expo : une grande peinture sur un drap blanc qui nous expose l'entièreté d'un monde où des êtres faits d'acier vivent en liberté dans une frénésie d'abondance. Paradoxalement, quelque chose d'apaisant s'en dégage grâce des couleurs naturelles et vivantes qui contrastent parfaitement avec les structures présentes. 

Masterpiece
Masterpiece

Lâcher prise

Dans ce sens, ce qui a peut-être le plus changé dans le travail de Manu ces derniers temps, c'est précisément ce rapport à la Machine. On retrouve en effet une certaine sobriété au niveau du contrôle de ces dernières. Avant, il découpait des toiles et les reliait avec des moteurs qui, quelque part, l'amenaient à les utiliser dans un contexte précis. Il les faisait travailler pour lui, sans leur laisser aucun autre choix. Aujourd'hui, il préfère les représenter dans ses réalisations, installant ainsi une certaine distance. Il accepte leur existence et les laisse vivre dans ses peintures. À travers le dessin, il leur laisse une certaine autonomie, et ce faisant, il se libère lui-même de ce sentiment de ne pas être capable de les réaliser vraiment. On aurait dit qu'avant, il cherchait à les dompter. Maintenant, il lâche prise. Et c'est peut-être ça, finalement, la leçon la plus importante qu'on peut tirer de tout ça. Souvent, on a l'image de la Machine comme quelque chose qui simplifie la vie en nous évitant une série de problèmes, alors qu'en réalité on en crée de nouveaux. La vraie sagesse, peut-être, c'est d'accepter qu'elle existe, qu'elle évolue, qu'elle prendra de plus en plus de place, et de trouver comment continuer à créer malgré tout.

 

Si vous voulez découvrir cette magifique expo, ça se passe à la Thanks Galerie jusqu'au 9 Mai. 

Dépêchez vous ! 

➡️ https://www.thanksgalerie.be/ 
➡️https://www.instagram.com/selva_emmanuel/

 

Publié le 4 Mai 2026 par

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