Le slam à Mons ? Ça claque !

Trois minutes, un texte, une scène, l’envie de s’exprimer et le courage pour déclamer face d’un public. Voilà tous les ingrédients dont vous avez besoin pour pratiquer le slam. Ayant la liberté comme principe, cette forme particulière de poésie attire des slameurs divers et un public curieux. 

Pendant trois minutes, un slameur ou une slameuse monte sur scène pour déclamer un texte. Ce texte, obligatoirement écrit par la personne qui le récite, peut parler de n’importe quel thème et être écrit dans n’importe quel style. La scène est ouverte à tout le monde, quel que soit l’âge, le sexe, la couleur de peau, l’orientation sexuelle ou la profession. Même le niveau du français n’est pas important. Dès que quelqu’un a envie d’écrire, de déclamer un texte, il est le bienvenu. Cela résulte en une pratique artistique qui est démocratique, conviviale et gratuite. 

La population montoise a découvert le slam pour la première fois fin 2007, en provenance des États-Unis. Dans la foulée, le collectif enV.I.E.S. a vu le jour en 2008. Leur nom fait écho à l’essentiel de leur travail : avoir envie, donner envie d’utiliser la voix, l’image et le son. Les membres fondateurs avaient à cœur de faire en sorte que le slam soit connu à Mons et la région et qu’il perdure, gagne en popularité. Par le passé, le collectif a organisé de grandes scènes slam, avec la présence d’artistes internationaux. Ces évènements d’envergure sont aujourd’hui impossibles en raison des coûts élevés qu’ils représentent. 

Alain Levêque, membre cofondateur du collectif, raconte : « Nos projets sont modestes parce que les finances sont modestes également. On fait ce qu’on peut. Notre projet est de contribuer à ce que les scènes slam puissent continuer à exister. On essaie d’attirer un nouveau public. » Pour ce faire, le collectif organise des ateliers d’écriture, animés par Alain lui-même. Durant quelques heures, les participants échauffent leur plume sur des exercices d’écriture, dans le but de déclamer leur texte à la fin de l’atelier. Une fois par mois, les slameurs locaux ont l’occasion de monter sur scène, soit à la Maison Folie à Mons, soit au Centre culturel de Frameries, soit à la Maison culturelle de Quaregnon. 

La scène slam à Mons accueille des noms désormais connus à Mons, comme Nicolas Diricq, mieux connu sous son nom d’artiste SérialD’rimeur, et Alain Levêque, le pionnier de la scène slam à Mons et membre cofondateur du collectif enV.I.E.S. Le lien entre les deux ? Le slam évidemment, ainsi que le souvenir de gagner le Grand Slam National en France en 2015. Septmille les a rencontrés pour vous. 

Jani Lambrechts : « Quand est-ce que vous avez commencé le slam ? » 

Nicolas Diricq : « J’ai poussé la porte d’une scène slam pour la première fois en 2008. J’avais écrit quelques textes qui ressemblaient un peu à la poésie. J’avais envie de les partager. Je n’avais jamais déclamé en public et j’étais très stressé. Je me cachais derrière ma feuille et je n’arrivais même pas à dire bonjour au public à cause du stress. » 

Alain Levêque : « J’ai fait connaissance du slam grâce à ma femme. À l’époque, elle était directrice de la Maison Folie et elle m’a amené en France à Nantes pour voir un évènement slam. J’étais étonné, ça m’a plu tout de suite, mais j’avais quand même dit que je n’oserais jamais déclamer sur une scène. J’avais peur d’être ridicule. Pourtant, j’ai inauguré la scène slam à Mons en 2007. » 

J. L. : « Est-ce que la scène slam a beaucoup changé depuis lors? » 

A.L. : « Je constate qu’il y plus de filles actives dans le slam qu’avant. Bien qu’il existe le rap ou d’autres disciplines qui peuvent les intéresser, les jeunes continuent à être attirés également par le slam. Souvent, ils viennent à une soirée pour goûter au slam et ils se rendent compte qu’ils ont envie de le pratiquer aussi. Ils n’ont pas besoin de rien de plus que d’une feuille et un stylo. Après, c’est oser à partager ce qu’ils ont écrit. Cette dernière étape est à chaque fois la plus difficile. » 

J.L. : « Qu’est-ce que le slam signifie pour vous ? » 

A.L. : « Il a changé ma vie complètement. Je suis plus ouvert, plus généreux maintenant. Ça m’a permis d’oser faire des choses, comme animer des ateliers de slam. Quand la Maison Folie m’a proposé de faire ça, j’hésitais. Après avoir réfléchi, je l’ai essayé et ça a bien fonctionné. Aujourd’hui encore, j’anime des ateliers et je me remets toujours en question. » 

N.D. : « C’est ma passion. Le slam m’a permis de sortir de mon introversion. Il m’a donné un moyen de m’exprimer, de surmonter les moments difficiles dans ma vie. Ça m’a ouvert des portes et des cercles d’amis, qui se sont agrandis énormément depuis des années. » 

J.L. : « Quel est votre plus beau souvenir autour de slam ? » 

N.D. : « Avec mes amis slameur.ses, on est partis à la rencontre de gens à travers le slam. On est partis en France, en Suisse, en Allemagne, en Tchéquie… Dans chaque ville qu’on visitait, on retrouvait une partie de notre famille de slam. C’était génial. Il arrive aussi parfois que nous accueillons nos slameurs ici, à Mons. » 

A.L. : « Choisir un seul souvenir, c’est difficile. J’en ai plein, mais le plus beau, c’est le projet avec le Sénégal. En 2015, Mons a été Capitale Européenne de la Culture. La ville se focalisait sur le Sénégal. J’y ai rencontré des Sénégalais, qui ont vite appris que je pratiquais le slam. Ils m’expliquaient que le slam était devenu plus populaire au Sénégal, mais que personne ne savait animer. Ils m’ont proposé de former des animateurs. Je doutais de moi, car je ne suis pas un animateur ni un pédagogue. Pourtant, je l’ai fait et c’était une belle expérience. Pendant une semaine, j’ai échangé mes connaissances avec les Sénégalais qui étaient inscrits à mon cours : des étudiants, des travailleurs, des professeurs de français… Ils souhaitaient découvrir le slam plus en profondeur et voir comment j’animais. J’ai vécu la semaine comme un échange. Je leur ai proposé une variété d’exercices et ils se sont essayés à l’animation devant nous. À la fin de la formation, j’ai vu les sourires, la chaleur, les mercis… j’avais les larmes aux yeux. » 

J.L. : « Quelles thématiques est-ce que vous abordez dans vos textes ? » 

N.D. : « Mes textes parlent souvent des relations humaines. Je suis fort axé sur le comportement humain, l’amitié et l’amour, mais si quelqu’un me demande d’écrire autour un thème spécifique, je le fais aussi. J’ai déjà écrit un texte sur le journalisme constructif pour le Mundaneum par exemple. » 

J.L. : « Qu’est-ce que l’avenir vous réserve en tant que slameur ? »

N.D. : « Dans mes projets actuels, j’allie la poésie à la musique. Je souhaite sortir un album en juillet, mais c’est optimiste. Je travaille pour que ça soit écoutable et partageable. Je continuerai le slam et les scènes slam, même si je me focalise un peu sur la musique en ce moment. » 

A.L. : « Je suis grand-père, donc j’ai moins de temps pour pratiquer le slam et donner des ateliers qu’auparavant. À propos du collectif, j’ai envie de laisser de plus en plus le relais à la génération suivante. Il y a quatre nouveaux membres, qui sont plus jeunes et je leur fais confiance. Je reste toujours là, mais je suis plus axé vers l’animation d’ateliers tandis qu’ils se tournent davantage vers l’organisation des soirées et des scènes. Je continuerai quand même le slam, car c’est une passion. Je pense même que je n’arrêterai jamais. »

Envie de vous plonger dans le monde du slam ?

Une scène slam sera organisée le 23 mars 2023 à la Maison de la Folie à Mons. Vous avez l’occasion de participer à un atelier dès 18 h. Il est suivi par une scène slam, où vous pourrez écouter d’autres slameurs ou déclamer votre propre texte.

Pour plus infos, retrouvez la scène slam à Mons sur Facebook.

Publié le 22 Mars 2023 par
Photo de Jani Lambrechts
Lambrechts Jani
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