Présentation de l'artiste

Beaucoup d'artistes cherchent l'extraordinaire, courent après la lumière parfaite, le moment décisif, l'événement qui fait la une. Samuel Delcroix, lui, il s'arrête, regarde et attend que les choses se révèlent d'elles-mêmes.

Né à Mons en 1961, au cœur du Borinage, Samuel a d'abord étudié le dessin avant de se tourner vers la photographie. Aujourd'hui, depuis plus de 30 ans, il l'enseigne. Un métier qu'il aime profondément, qui lui permet de partager une passion et qui lui laisse du temps. Du temps pour développer sa propre pratique, à son rythme, avec sa bonne vieille chambre Linhof, son Leica, et ce drôle d'outil qu'est le sténopé, une boîte percée d'un simple trou qui capte la lumière avec une lenteur et une douceur que les appareils modernes ne connaissent plus.

Un regard qui s'est construit

Comme tout artiste, Samuel a eu ses maîtres. Walker Evans, Paul Strand, Bruce Davidson, Édouard Boubat, Josef Koudelka : une génération de photographes humanistes qui savaient regarder le monde avec une précision documentaire tout en y glissant une dimension poétique rare. Des gens qui, selon ses propres mots, semblaient parfois accompagnés par la Grâce.

Et puis un jour, il a découvert Hiroshi Sugimoto et sa série Seascapes. Un seul cadrage, répété inlassablement. Une ligne d'horizon parfaitement horizontale, au centre de l'image, divisant le monde en deux parts égales avec l'eau d'un côté et l'air de l'autre. Une démarche qui contredit toutes les règles de l'esthétique classique, et qui pourtant dégage une force et une beauté indicibles. Cette révélation l'a marqué durablement : un sujet simple, porté avec intelligence et obstination, peut atteindre quelque chose d'universel.

Aujourd'hui, Samuel dit ne plus avoir de modèle. Il les a assimilés, digérés, et tente de s'en détacher pour trouver sa propre voix. Un regard affûté, exigeant, mais discret. Sans tapage.

 

La poésie de l'ordinaire

C'est dans cet esprit que s'inscrit Territoires intimes, son exposition à Colfontaine. Une quête photographique qui ne court pas après l'extraordinaire, mais s'attarde là où la vie des lieux se devine en filigrane.

Dans les rues, à travers les paysages, au bord de l'eau, le regard de Samuel s'est affûté pour chercher la beauté là où on ne l'attend pas. Ce qui l'intéresse, ce sont les traces du temps. Ces marques qui façonnent les lieux, leur confèrent une patine particulière, une aura mystérieuse. Ces vestiges qui ne disent pas tout, mais qui racontent l'éphémère, l'absence, la mémoire qui s'efface et se dépose en silence.

On les retrouve dans les friches familières du Borinage, ce territoire qu'il arpente depuis toujours et qu'il connaît comme sa poche. Et on les retrouve aussi, avec la même intensité, dans les cités d'eau que sont Venise et les rivages de la mer du Nord. Deux univers en apparence très différents, mais unis par la même quête : transformer l'éphémère en présence, la disparition en œuvre d'art.

Territoires intimes, c'est un atlas personnel. Chaque lieu, ici et là-bas, proche et lointain, parle la même langue : celle d'un photographe qui a appris à regarder lentement, à attendre, à laisser venir.

Vous avez encore le temps

Le vernissage a déjà eu lieu, mais l'exposition, elle, est toujours là. Et elle le sera jusqu'au 10 juillet. Largement le temps d'aller y faire un tour, de prendre le temps de regarder, de laisser les images agir. C'est exactement ce que Samuel Delcroix vous demande, finalement. Ralentir, s'attarder, laisser venir la beauté.

📍12 Rue du Pont d'Arcole, 7340 Wasmes
🗓️ Jusqu'au 10 juillet 2026

 

 

Bonne nouvelle !

Samuel vient d'apprendre que deux de ses photographies ont été sélectionnées pour le 121e Salon d'Art du Bon Vouloir au Anciens Abattoirs de Mons. Le vernissage se tient ce dimanche 14 juin à 11h. Une belle reconnaissance pour un regard qui mérite décidément qu'on s'y attarde.

 

Publié le 10 Juin 2026 par

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