Début juin … Réflexion philosophique de fin de Ducasse…
À bien y réfléchir, le dragon et l’eau relèvent l’un et l’autre de l’universalité.
Que le premier soit à la fois un emblème de fécondité pour certains et l’incarnation du Mal pour d’autres, que la seconde provienne d’un Gange miasmatique ou d’un bénitier en marbre de Carrare ne change rien à la chose, la spiritualité humaine a toujours eu besoin de symboles…
Outre le dragon, l’eau en est un.
Après tout, les mortels presque exclusivement hydriques et si nouvellement aériens que nous sommes ne demeurent-ils pas soumis à l’attraction du milieu aquatique? Il se chuchotte que le moindre des traumas suffit pour que l’eau devienne une zone de repli, un sanctuaire, un refuge...
En tout cas, elle est restée, dans l’imaginaire populaire, un élément purificateur global, voire même, dans ce cas de figure, un amplificateur d’introspections.
Surface… Narines offensées par les effluves d’eau de Javel du grand bain, carrelage glissant, tintamarres divers, cris aigus d’enfants, éclaboussures, remous, cordes à boudins des couloirs qui dodelinent en harmonie, telles un rang bien aligné de serpents corail… S’ensuit alors la brusque instantanéité du plongeon, l’accès soudain à ...l’Autre Monde… Celui où règne un silence imprégné du grondement sourd des profondeurs… À travers le masque on distingue des demi-corps soumis aux lois d’Archimède et des aberrations optiques.
Des semi-corps qui semblent se débattre, malhabiles, réfractaires à toute tentative d’immersion totale, comme régis par une procédure d’évitement à la confrontation à eux-mêmes.
Sous l’eau, par contre, la paix règne… Enfin.
Bienvenue dans le monde de Philippe…
De l’eau certes… Mais pas n’importe laquelle, et surement pas l’eau qui agresse, mais plutôt celle qui sait se faire complice des êtres libres qui osent lui faire confiance, celle qui apaise les corps et les âmes.
D’ailleurs, plus d’un, qu’il fut broyé, concassé, moralement ou physiquement, par la scélératesse de la vie, doit une partie de son salut à la connivence qu’il entretient avec le clapotis chloré des piscines…
Philippe est de ceux-là.
L’artiste et son objectif transcendent l’élément liquide dans le but avoué de distordre les perceptions premières, comme un poète triture le sens des mots pour en extraire de nouvelles saveurs.
Philippe élabore des univers parallèles où liquides et gaz se confondent, se fondent, s’oublient.
Pourtant, l’eau est bien là, omniprésente, mais elle sait se faire discrète afin de mieux œuvrer à biaiser les perspectives, et, par ses vertus de réfraction et de réflexion dont elle seule à le secret, elle incite à l’interrogation sur les autres et sur soi-même…
En somme, Philippe n’est jamais seul sous l’eau, il sont quatre : Le modèle, l’artiste, l’appareil… et l’eau...
Tous sont unis dans une communion fluide et silencieuse que les adeptes de la submersion connaissent bien et que les curieux qui franchiront les portes de la chapelle pourront, au sec, entrevoir.
Avec cette expo oscillant sans cesse entre esthétisme, mysticisme et persévérence, Philippe nous déclare son amour pour l’eau… Et pour les gens.
Rien au monde
n’est aussi mou et fluide que l’eau.
Mais pour dissoudre le dur et l’inflexible,
rien ne la surpasse.
Le mou triomphe du dur ;
le souple triomphe du rigide.
Tout le monde sait que cela est vrai,
mais peu savent le mettre en pratique.
(Lao Tseu VIe - Ve siècle av.J.-C.)
"Immersion" de Philippe Bailly.
C'est à la Chapelle Saint-Quentin (Mons)
Celle-ci est ouverte du lundi au vendredi de 8h30 à 12h et de 13h30 à 16h.
Entrée libre.
Accès adaptés aux personnes à mobilité réduite.
Pôle d’Accueil Ville/CPAS de Mons
Rue Lamir, 29-31 – 7000 Mons
T. +32(0)65 41 23 12
À bientôt?