Plumes, pointes et gouttes de sueur
Une autre vision du ballet « Le Lac des Cygnes »

Chronique d’Emmanuelle Bury / Photos de FranceConcert et Septmille

Petite, je rêvais de devenir policière, d’être la partenaire de Mac Gyver et je préparais des soupes de boue, d’herbes et de fleurs coupées. Autant dire que l’acquisition d’un joli tutu et l’apprentissage de la danse classique ne faisaient pas partie de ma liste de souhaits. Pourtant, des dizaines d’année plus tard, l’envie d’assister à un ballet de danse classique a germé d’un coup, d’un seul. Et, un soir, j’ai eu la chance de découvrir « Le Lac des Cygnes » au Théâtre royal de Mons.

Pour une lecture immersive, écoutez : https://soundcloud.com/uyco/tchaikovsky-le-lac-des-cygnes

Un mardi soir, Théâtre royal de Mons, agent d’accueil, covid safe ticket et je pénètre dans ce lieu empreint de poésie, de chic et d’histoire. Avec moi, un public nombreux. Spectateurs endimanchés, couples de retraités, bande de copines, marraine et filleule, parents et petite fille et puis des curieux. Enfin, au moins une curieuse : moi.

Attention, je ne viens pas dans l’ignorance complète sur cette histoire de cygnes. J’ai vu Black Swan quand même ! Et la veille, j’ai lu un résumé de l’intrigue complète en quatre actes. Bref, peu assurée de mes connaissances récentes, je me procure, par acquis de conscience, le livre du ballet à une vendeuse parée d’un costume style Renaissance.

Noir dans la salle. Premières notes de musique et lever de rideau. Décors en bois peint et en tissu d’une salle de bal arborée et d’un lac en arrière plan. Sur scène, vingt danseurs et danseuses en costume de fête, gilet vert et pantalon blanc d’un côté, robe verte et jupons jaunes de l’autre.  Danse de couple, figures de groupes ou solo. Ils sautent, virevoltent, s’entrecroisent. C’est vivant, rythmé, animé. Je ne sais plus où poser mon regard.  Le fou attire néanmoins mon attention par son espièglerie, son explosivité et sa capacité à tourner haut dans les airs.

Vient la rencontre du prince Siegfried et de la princesse Odette, le cygne blanc. Le moment pour les deux danseurs étoiles de briller. Et des étoiles, c’est dans mes yeux qu’ils vont en mettre.  Odette, tutu de plumes et justaucorps blancs occupe toute la scène avec grâce et puissance. Elle semble si légère quand elle enchaîne les pointes, si souple dans ses mouvements empreints d’émotions, d’amour et de peur. Une plume lorsque son partenaire l’élève dans un porté ou la guide dans un enchaînement de dizaines de pirouettes.

J’évoque les danseurs mais la musique est aussi un acteur primordial de ce ballet.  Mais ce soir, discrètement installé dans la fosse, sous la scène, l’orchestre laisse la place aux danseurs. Je n’ai pas pu admirer le pointillisme du chef d’orchestre, la dextérité des violonistes et le souffle des cuivres. Je n’ai pu que me laisser envelopper et guider par les sons et l’interprétation des compositions de Tchaïkovski.

Et si, à la fin de la représentation, la musique a continué à tourner dans ma tête, j’ai surtout emporté le souvenir de ses danseurs, de leurs vies dédiées à la danse.
Je suis marquée par leur endurance, par la force de leurs chevilles, par la puissance qui se dégageait de leurs corps amincis par l’effort, les muscles secs et saillants. J’ai été impressionnée par la chorégraphie millimétrée, la discipline et les êtres tout entier ne faisant qu’un avec leur personnage. J’ai été fascinée par leur précision du bout des pointes au bout de doigts, par leur pas de deux, leur pas de quatre, par leur technique impeccable répétée des heures, des mois, des années jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la perfection.

Admirer un soir « Le Lac des Cygnes » c’est être spectateur d’un célèbre ballet romantique mais surtout d’une incroyable performance et du résultat d’un sacrifice de toute une vie.