Vertiges, une création de Guilhem Chatir

Interview réalisée par Anaïs Blanckaert / Photos d’Anaïs Blanckaert et Margarida Marques Ramalhete

Un jour, en rue, Guilhem apprend la mort d’un proche par téléphone. Il tombe. Littéralement, sous le choc. Il se relève, physiquement s’entend. Puis il commence un nécessaire travail de deuil… Jusqu’à ce qu’il s’interroge sur ce corps qui chute sous la douleur du sensible. C’est là que Vertiges est né. Parce que l’expérience réelle fut vertigineuse, touchant le moment où se côtoient la vie et la mort, le réel et l’éphémère.

Guilhem est artiste. De cette expérience vécue, il veut, sans savoir qu’il le veut, entamer un parcours de création, entre résidence et recherche. D’abord une création chorégraphique, qui passe par le corps, les mouvements du corps. L’interrogation sur la chute. Qu’est-ce qu’une chute ? Un corps qui tombe. Mais comment tombe-t-il ?

Comme tout spectateur, j’arrive au Théâtre de La Louvière avec ce pitch en tête.

La salle s’éteint pour laisser place à une performance de presque une heure. C’est la première de Vertiges.

Crédit photo : Margarida Marques Ramalhete

Septmille : Dans le pitch du spectacle, tu abordes la chute. Pourtant, j’ai eu le sentiment de voir la vie rebondir. Est-ce que c’est un message que tu as voulu faire passer ?

Guilhem : « Je suis content que tu poses la question et j’aime que ce soit ce que toi tu aies vu. Mais je ne révélerais pas ce que moi j’y vois. Je souhaite que chaque spectateur puisse, avec son histoire personnelle, y découvrir le sens et le message qui lui est propre. »

Septmille : Ce soir, c’était la première face public, comment on se sent après ?

Guilhem : « Apaisé et à la fois concentré. On pense souvent que la création se fige dès l’instant où elle est jouée pour la première fois devant un public. Pour moi, c’est seulement le début. Un spectacle peut durer 1h30 lors de la première et n’en faire plus que 45 minutes la semaine suivante. Un processus d’intégration, puis d’écoute et éventuellement d’ajustement va seulement se mettre en place. Le spectacle que tu as vu aujourd’hui ne sera sans doute plus exactement le même dans six mois. Nous aurons grandi sur scène. »

Septmille : Est-ce que tu veux nous parler des musiciens ?

Guilhem : « Ces musiciens sont extraordinaires. Non seulement, ils sont vraiment de très bons musiciens classiques mais surtout, contrairement à ce qu’on rencontre souvent dans la musique classique, ils sont ouverts aux adaptations et changements. Ouverts à l’idée de retravailler la musique ou même d’être mobiles sur scène.

Dans le choix de la musique, il y a aussi une drôle de synchronicité, puisque la création tire son origine du décès de ma grand-mère, et cette mélodie de Bach de la mort de sa femme. »

Septmille : Le sable noir tient une place importante dans le spectacle. Qu’est-ce qu’il symbolise pour toi ?

Guilhem : « Chacun y verra sa propre symbolique. Cendres, écoulement du temps, etc. Il permet aussi et surtout de rendre concret ne fusse que le passage du temps du spectacle, puisqu’il laisse une trace physique sur scène.

Je sais, à la forme de la fresque, si on a bien « bossé » ou pris du plaisir sur scène. J’ai quelques clichés des traces du temps passé au Théâtre de La Louvière. Qui sait, dans quelques mois, une exposition photographique naîtra peut-être de ces fresques ? Une différente à chaque spectacle. Presque identique mais unique. »

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