Révolution Rap, une histoire africaine?

Chronique de Davy Koutiangba / Photos: Le Hall du Théâtre et D.Koutiangba

Le rap a-t-il pour origine l’Afrique ? Quelle est le rôle qu’a joué ce style de musique dans la conscientisation des masses populaires, notamment des jeunes ? Quels sont ses acteurs ? Voici entre autres questions qui trouvent leurs réponses dans cette expo nommée « Révolution Rap, une histoire africaine ? » qu’abrite jusqu’au 12 novembre, le Hall du Théâtre à La Louvière.

Une vue du hall d’exposition


Non, vous n’aurez pas à contempler des posters ou encore à écouter le flow des rappeurs à travers leurs œuvres. Une fois sur les lieux, vous ferez face à quatre écrans sur lesquels sont diffusées les interviews vidéos des rappeurs. Chaque écran aborde plusieurs points parmi lesquels : le rap africain, la femme, la censure, le risque que prennent ces artistes rappeurs, la musique traditionnelle etc. En introduction, le premier écran donne la parole à Alain Lapiower, spécialiste belge des cultures urbaines, Abdoulaye Niang socio-anthropologue sénégalais et Olivier Cachin, journaliste français, spécialiste des musiques afro-américaines notamment du hip hop. Ces experts expliquent la naissance du rap dans les grands centres urbains, pour enfin donner leur lecture sur l’appropriation de ce courant musical par des jeunes en Afrique.


Parmi les intervenants des écrans 2 et 3, Smockey du Burkina Faso et Didier Awadi du Sénégal (co-fondateur du mythique groupe de rap PositIve Black Soul). Ces figures emblématiques des scènes rap en Afrique francophone. D’ailleurs, qui d’autre en dehors de ces grandes gueules pour parler du rap, d’autant qu’ils font partie de la old school de ce mouvement qui s’est répandu sur le continent africain au début des années 1990.
Certains de la nouvelle génération, celle qui porte aujourd’hui le flambeau du mouvement embouche la même trompette que leurs aînés. Des maux comme la corruption, le népotisme, l’impérialisme et surtout la mal-gouvernance sont des sujets abordés dans leurs textes. C’est le cas de Fou Malade du Sénégal , Valsero du Cameroun et Martial Pa’Nucci du Congo.


Et la place de la femme dans tout ça ?

Elles ne se comptent pas au bout des doigts les filles du mouvement. Dans chaque capitale africaine, la gent féminine se fait entendre par ses porte-voix que sont Moonaya la bénino-sénégalaise, Nash et Priss’K de la Côte d’Ivoire pour ne citer que celles-ci. « Non ! Ce n’est pas fait pour les hommes parce que nous les femmes, on a des choses dans les tripes aussi, on a des choses à dire. » martèle Priss’K

Les visiteurs de cette exposition peuvent laisser leur empreinte vocale. Le quatrième écran fait office de box de prise de voix. Ce cadre aménagé permet de faire des freestyles, une manière de libérer la parole.

Des artistes d’origine africaine installés en Europe à savoir Zap Mama, Manou Gallo, Eddy Ape, L7a9d, Joy, Pitcho et Badi ont également participé à ce projet. Qu’ils soient de la old school ou de la new school, chacun à sa manière a donné sa lecture sur cette musique par laquelle de nombreux jeunes en Afrique s’identifient et l’utilisent comme moyen d’expression ou de revendication.

Même si les tout premiers Mc’s africains imitaient ceux des côtes Ouest et Est des Etats-Unis dans l’accoutrement et le flow, depuis quelques années ce n’est plus le cas. Le rap africain s’inspire de plus en plus des sonorités locales et certains artistes sont moins contestataires. Ils adoptent un style festif comme le font des chansonniers, qualifiés de « premiers rappeurs » par des observateurs avisés, vu que leur forme d’expression s’apparente plus au slam.

Toutes les infos sur l’expo ici : Révolution rap / Une histoire africaine ?