Chronique – La nuit mystérieuse

Chronique de Thibaut Ceuterick / Photos de Cyprien Gain

Une lune, une aurore boréale et des rendez-vous secrets, un cocktail détonnant pour cet événement énigmatique qui a eu lieu ce week-end à Mons dans le cadre de la Biennale d’art et de culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais que se cachait-t-il derrière tant de mystère ? C’est ce que j’ai tenté de découvrir pour vous en m’embarquant dans cette aventure bien poétique.

Samedi soir, 19h, une foule compacte était rassemblée sur la Place de Flandre. Tous se demandaient ce qui se cachait derrière ces rendez-vous secrets. Une sympathique guide parée de lumières, nous emmena enfin vers le premier endroit ; c’est dans l’hémicycle du Gouvernement provincial que ça se passait. Une fois installé, le public continuait à discuter et à se poser beaucoup de questions sans se rendre compte que la pièce « Oui, oui, oui » avait déjà commencé. En effet, les comédiens, membres d’une ligue d’impro en France, Suisse ou Belgique, s’étaient dissimulés parmi les spectateurs. Ce spectacle basé sur le comique de répétition et la participation du public était drôle, rafraîchissant et inattendu, une belle surprise pour commencer la soirée.

La deuxième pièce que j’avais choisie avait lieu à l’auditorium Abel Dubois et était réalisée par le collectif « Rien de spécial  » qui a mis en scène une conversation post spectacle où trois comédiens étaient interviewés par un journaliste. Là aussi le rire était au rendez-vous, et j’aimerais souligner la qualité du jeu des artistes, à la fois drôles, gênants et justes. « Code promo » jouait sur la banalité du quotidien et parodiait avec beaucoup d’humour le monde de la comédie.

Notre petit tour des rendez-vous secrets prit fin avec une représentation quelque peu particulière. De retour dans le hall du Gouvernement provincial, le public attendait assis autour d’une étrange forme emballée dans une couverture d’aluminium. Le spectacle « Paréidolie« , d’après ce phénomène du cerveau qui nous fait voir des formes un peu partout, sorte de chorégraphie hybride, mettait l’accent sur l’étrangeté et faisait appel aux sens des spectateurs. En effet, les deux artistes de la compagnie Demestri & Lefeuvre étaient à l’intérieur de cette couverture et se contorsionnaient pour donner vie à différentes formes. Libre à chacun d’y voir ce qu’il voulait y voir. Le public était quelque peu dérouté, mais l’œuvre en a marqué plus d’un.

Je décidai ensuite d’aller voir les deux installations prévues pour l’événement. Après avoir écumé le monde entier en s’installant dans des lieux iconiques comme les cathédrales de Rochester et de Bristol ou encore le Natural History Museum de Londres et des endroits plus insolites comme une piscine à Milan ou un festival à Glastonbury, c’était au tour de la collégiale Sainte-Waudru d’accueillir le Museum of the Moon de l’artiste britannique Luke Jerram. La réplique monumentale de la lune (sept mètres de diamètre) a ébloui plus d’un visiteur de par sa splendeur et son réalisme. Cette prouesse technique et artistique était accompagnée d’un récital de Debussy plongeant le visiteur dans une atmosphère des plus douces et poétiques. Un réel moment de contemplation et d’émerveillement.

C’est la tête pleine d’étoiles que je déambulai par la suite dans les rues de Mons, où régnait une ambiance festive, pour me diriger vers la Grand-Place et découvrir la seconde installation de l’événement : « Boréalis« . À ma grande surprise, j’ai pu observer une aurore boréale grandeur nature en plein cœur de la ville montoise. L’imitation de ce phénomène naturel de l’artiste suisse, Dan Archer, illuminait le ciel, grâce à des faisceaux laser, et invitait les nombreux spectateurs à entreprendre un voyage chargé d’émotions sensorielles. Malgré la foule, j’ai eu la sensation d’être seul comme hypnotisé par la splendeur de l’œuvre et transporté dans les contrées polaires, mais également bien petit face à la grandeur de l’aurore boréale. Pendant de longs moments, j’ai pu me délecter du spectacle, figé comme si le temps s’était arrêté…