Interview – Monsters On Wheels

Interview d’Emmanuelle Bury / Photos : Laurence Vray & MOW

Décollant en plein trick, dévalant une rue ou porté sous le bras, le skate se révèle de plus en plus dans notre milieu urbain. Passion éternelle ou effet de mode ? Challenge personnel ou base d’une communauté ? Amour de jeunesse ou flamme toute génération confondue ? On fait le point avec Monsters On Wheels et Luc Vandensteene, le fondateur, qui a fait du skate sa deuxième vie ou peut-être sa première finalement.

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Septmille :  C’est quoi les origines de Monsters On Wheels ?

Luc Vandensteene : « C’est une vieille histoire au départ, une histoire d’amitié avec un pote, Romain. A l’été 1986, il est parti à New York et, de ce voyage, il a ramené un skate et un album des Beastie Boys. C’est comme ça que tout a commencé. On avait 15 ans. On est devenu fou. On a commencé à faire du skate tout le temps, tout le temps.

Puis, on a grandi. Il y a eu une longue phase sans skate mais sans vraiment l’oublier.

Et, il y a 10 ans, ce même ami m’a recontacté en me demandant si je n’avais pas envie de refaire du skate. J’ai répondu : “Si, à fond ! Mais je ne veux plus faire du skate dans la rue, comme avant. Je voudrais un bowl, comme une piscine californienne, et pouvoir m’éclater dedans.“

A l’époque, des jeunes avaient lancé une première pétition pour un skatepark dans un shop et j’ai repris la main parce que ça n’avançait pas trop. Vu mon âge et mon expérience, ça a facilité les choses. J’ai été pris au sérieux par la Ville mais ça a pris 10 ans.

A un moment donné, comme ça prenait trop de temps, je me suis un petit peu fâché, j’ai tapé du poing sur la table en disant : Voilà, puisque vous ne faites pas de skatepark, donnez-nous quelque chose pour qu’on puisse en faire un nous-mêmes. La Ville m’a répondu : OK ! Mais tu dois créer une ABSL et alors on te prêtera un hangar.

Et donc, c’est comme ça que l’ASBL Monsters On Wheels a été créée.

Septmille : Aujourd’hui, il y a ce skatepark sous le hangar et un autre complètement outdoor un peu plus loin. C’est quoi la différence entre les deux spots ?

Luc : « Le skatepark couvert, le DIY (ndlr : Do It Yourself), il est totalement Monsters On Wheels. On gère tout : l’entretien, le nettoyage, la réparation et les travaux d’amélioration. C’est un endroit où tout le monde est le bienvenu. 

L’autre, c’est le skatepark de la Ville. Il est très apprécié de la communauté malgré le fait qu’il soit relativement simple. C’est un lieu libre d’accès, chacun vient quand il veut. Monsters On Wheels s’occupe de tous les évènements qui s’y déroulent. Le jeudi soir, c’est notre moment, on vient faire de grosses sessions. Le dimanche matin, c’est la session des papas donc là, c’est plus familial. Et à partir de septembre, on va enfin lancer les cours donnés par quatre supers gars pour l’ASBL

C’est important de souligner que Mons est la seule ville de Wallonie à avoir deux skateparks dont un couvert. Le fait de pouvoir s’abriter quand il pleut, c’est essentiel pour nous. Ça nous permet de faire du skate toute l’année. »

Septmille : On y retrouve quel type de public ?

Luc : « C’est extrêmement varié. Il y a le public familial avec des enfants très jeunes qui viennent s’amuser avec des trottinettes, des rollers, des petits skates. Il y a des passionnés qui viennent d’un peu partout, même de Paris, Valenciennes, Lille, Anvers.

Et puis, il y a les locaux, les Monsters On Wheels, une bande de trente-quarante personnes peut-être plus.

Entre les mecs en skate, en trottinette, en rollers, en BMX, la cohabitation se passe très bien, c’est même assez étonnant. En général, dans les skateparks, il y a de conflits entre les différentes pratiques mais ici tout le monde est accepté. »

Septmille : J’ai entendu parler d’une histoire avec un mec qui ride en fauteuil roulant. C’est chez vous que ça se passe ? 

Luc : « C’est Jérémy qui fait ça, un membre des Monsters On Wheels. Il est paraplégique depuis pas mal d’années. Il roule avec une chaise qui a un petit moteur électrique. De temps en temps, on l’accompagne dans le bowl et il ride avec nous.

Il rêve aussi de faire un back-flip en chaise roulante. On espère un jour lui trouver un grand bac à mousse et le lancer là-dessus. Et puis il a déjà sauté au-dessus de flammes aussi.

C’est marrant, il est dans sa chaise et parfois, il est plus audacieux que nous.

C’est un mec qui nous pousse en fait. D’ailleurs, une volonté pour le prochain projet de skatepark, c’est de prévoir un waterfall, une entrée par laquelle il pourra rentrer directement seul dans le skatepark

Mélanger plein de profils différents, c’est hyper important pour nous !

Par cette volonté d’accueillir tout le monde, il y a une intégration sociale qui est énorme. Il y a une action sociale auprès des personnes défavorisées qu’on aide pas mal, une action d’éducation permanente aussi avec les jeunes qui viennent de tous les horizons, une mixité qu’on essaie de développer et l’intégration des PMR. Je pense qu’il y a peu de sports dans lesquels ça se fait de manière aussi naturelle. Je crois que notre vision des choses, c’est une vision qui va permettre à terme de faire changer le monde véritablement.

C’est marrant parce que le skate est un sport hyper individuel mais où l’effet de groupe est incroyable. On sent qu’il y a une réelle fraternité entre nous. J’ai vraiment le sentiment d’appartenir à une famille.

Septmille : J’ai l’impression que le skate connait un renouveau depuis 10-15 ans. C’est une réalité ou c’est un ressenti de non-skateuse ? 

Luc : « Non, c’est vrai. Il y a eu pas mal de vagues en fait dans les années 80, déjà dans les années 70 avec les petits penny skate et aux Etats-Unis bien avant ça. Mais aujourd’hui, on n’est plus dans une vague, on est plutôt dans une espèce de tsunami et le skate envahit tout. Ça devient extrêmement populaire à travers le monde et même en Chine, au Japon, au Brésil. Partout dans le monde, c’est vraiment en train d’exploser. Ce n’est plus un phénomène de mode, on a clairement dépassé ça. Et c’est génial. »

Septmille : C’est quoi le lien entre skate et street culture ? 

Luc : « Le skate est certainement un déterminant dans la street culture ; c’est-à-dire que la manière dont certaines personnes s’habillent aujourd’hui, c’est en partie dû à l’univers du skate. Je pense que les skateurs, comme les surfeurs, sont des gros pourvoyeurs de tendance. Il y a une réelle influence de la skate culture qui devient de la street culture. »

Septmille : J’associe la pratique du skate au mobilier urbain. Est-ce qu’on retrouve le même plaisir sur un skatepark qui est une structure conçue hors ville ?

Luc : « Pratiquer sur un skatepark n’empêche pas de continuer à rouler en ville, c’est ça qui est incroyable. On peut prendre sa planche, s’arrêter sur un parking et faire des slappy sur une bordure. C’est comme ça que j’ai commencé et on n’a pas besoin de plus au départ même si c’est très cool d’avoir des skateparks bien aménagés. 

La rue est un élément extrêmement vivant pour nous et très challengeant parce que, dans une rue, il y a un caillou qui traine, une bordure pas aussi lisse qu’on voudrait, etc. 

Et puis, c’est un peu notre quête à tous de trouver LE spot magnifique. Quand on circule, on observe toujours les alentours à la recherche de nouveaux escaliers, de plan incliné, etc.

On a une vision et une lecture du mobilier urbain, des rues ou de l’architecture qui est toujours dédié à ce qu’on pourrait en faire, à comment on va transformer ça en lieu magique. »

Septmille : Vous avez des liens avec les autres skateparks de la zone « Septmille » ? 

Luc : « La communauté skate est relativement bien liée et on y travaille justement. Je suis en train d’essayer de rassembler toutes les associations comme la nôtre à travers la Wallonie, mais aussi à Bruxelles et en Flandres pour créer une véritable Fédération de skate, pour se faire reconnaître, pour avoir du poids vis-à-vis des institutions publiques et politiques. Aujourd’hui, on est piloté par la Fédération de patinage artistique et ça se passe plutôt bien. »

Septmille : Tu parles de reconnaissance. Le skate est au programme des Jeux Olympiques cette année, tu en penses quoi ?

Luc : « Comme Tony Alva dit : En fait, ils ont plus besoin de nous que nous d’eux. Mais c’est à la fois une opportunité parce que ça va permettre au monde de voir que le skate est aussi un sport. C’est une activité tout à fait saine et qui est très intéressante pour forger un caractère, développer ses aptitudes physiques, avoir un mental de battant et ça vraiment, c’est juste incroyable. »

Septmille : Aujourd’hui, c’est possible d’intégrer l’ASBL et devenir un « Monster On Wheels » ?

Luc : « Clairement, on est toujours à la recherche de gens qui veulent collaborer avec nous que ce soit autour du skate ou pour donner un coup de main pour entretenir le skatepark, remettre des planches sur les rampes, etc. On aimerait étendre le skatepark ici, en développer un deuxième ailleurs, peut-être un autre couvert, et en avoir un qu’on puisse privatiser. On n’est jamais assez nombreux car on a de gros projets. »

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