Dominic, le trompettiste inclassable primé aux Octaves de la musique

Chronique d’Anaïs Blanckaert

Je m’appelle Anaïs, c’est ma première chronique pour Septmille. Je n’y connais rien au jazz, mais lorsque Septmille m’a proposé l’interview de Dominic de Ntoumos, j’ai sauté sur l’occasion de rencontrer un musicien de talent issu d’un univers qui m’était jusque là totalement inconnu.

Dominic Ntoumos vient de se distinguer aux Octaves de la musique, c’était donc le sujet d’accroche parfait pour commencer notre interview.J’ai été surprise par l’humilité et l’accessibilité de Dominic. Il m’a expliqué son étonnement d’être récompensé… Pourtant, il remporte l’octave de l’album de l’année !

En préparant notre rencontre, j’avais lu que Dominic a débuté la musique grâce à sa marraine. Petit, les cours de musique de son village se donnaient dans une fanfare. Il se plaît à dire que si on lui avait proposé une guitare, une batterie ou une basse, il aurait sans doute opté pour l’un de ces instruments mais, dans la mesure où dans les fanfares ce sont des cuivres, il a plutôt été séduit par l’esthétique de la trompette.
Dès ses 15 ans, animé par un besoin de liberté et, au gré des rencontres qu’il a fait durant ces années-là (Hervé Letor, Santo Cinta et Rosario Amadeo), il joue dans des clubs pour financer ses études. Aimant l’improvisation, c’est naturellement qu’il s’est dirigé vers le jazz.

Animé par un besoin d’aventure, il quitte la Belgique et va s’installer à Londres. En arrivant en Angleterre, il joue dans la rue pendant plus d’un an. Ce qui lui permet de payer l’enregistrement de son premier album. Depuis 7 ans, il partage son temps entre Londres et la Belgique.

J’avais eu le sentiment que Dominic était animé par un besoin de liberté et de voyages, je lui demande pourquoi c’est important pour lui ! « Je me suis toujours dit que je ne travaillerai pas autant que certains membres de ma famille. J’ai toujours été hors système. Mais j’ai quand même une notion de sécurité et j’assure mes arrières. En tous cas, les arrières de mon fils. J’avais envie de faire ce qui me plaisait et ce que j’estimais bon pour moi. (…) Je dois avoir un côté rebelle développé ».

Les voyages lui ont permis notamment de mieux appréhender la Grèce. Ils avaient pour habitude d’aller en vacances dans la famille, mais Dominic a été curieux de connaître plus profondément le pays et la culture grecque.
Quand j’aborde la question de la création de son dernier album, il me dit qu’il se considère comme un éternel étudiant. La musique, ça s’étudie toute la vie ! L’apprentissage du Rebetiko, musique traditionnelle grecque née dans les années 1920, qui nappe tout le dernier album est non seulement un bel hommage à ses origines grecques, mais aussi une prouesse techniquement parlant. Quelque part, c’était un défi pour lui de connaître ces chansons traditionnelles grecques et gitanes.
Il explique aussi que la musique ne s’apprend qu’en présentiel. Pour lui, apprendre la musique via YouTube, c’est approximatif, et ce n’est pas pour lui. Ce sont les rencontres qui créent les opportunités.

Artiste engagé, il regrette un peu le ton policé auxquels les artistes se contraignent pour espérer être repéré et pouvoir continuer à se produire.
Ça fait vingt ans qu’il s’autoproduit. Il a toujours été indépendant et a toujours voulu « faire sa musique ». Depuis Feez, son premier groupe de covers. Plus on lui disait qu’il n’y arriverait pas, plus il avait des envies d’évasion et de succès. Quand je lui demande le regard qu’il pose sur sa carrière, il me répond que certains diront que c’est de la chance. Lui estime que ce n’est pas de la chance, c’est du cran ! Un billet de train pour Londres, ça coûte 50 €. La chance, c’est d’être né en Belgique et d’avoir des facilités à voyager. Pour le reste, il faut foncer et continuer à travailler sa musique dans les lieux et au détour des rencontres qu’on fait.

Lorsque je lui demande s’il y a une question qu’il aimerait qu’un journaliste lui pose (non encore posée à ce jour), il adresse une revendication aux médias : dans la musique « underground » belge, il y a énormément de qualitatif. Il trouve dommage qu’en radio, on soit contraint de répondre aux demandes des gros labels. Il trouverait intéressant que les médias soient vecteurs d’empowerment de jeunes artistes et moins dépendants d’intérêts financiers.

Enfin, il considère le devoir réel de chacun est de sauver son rêve (Amadeo Modigliani). C’est une leçon qu’il apprend à ses élèves et à son fils : il faut vivre ses rêves, mais aussi aller jusqu’au bout et achever les choses (leçon qu’il a apprise de son papa lors de la transition classique-jazz).
Les derniers conseils qu’il peut donner à un jeune artiste en devenir c’est de foncer et d’oser, croire en ses rêves, ne pas trop écouter les autres et tenter des choses.

Petit spoiler : Dominic va sortir un titre dédié à son fils.

Retrouvez Dominic Ntoumos en résidence d’artiste à Nivelles, au Caveau club.

Et sur les réseaux sociaux :