Johanne Lovera : Dessiner l’espoir

Interview de François Chevalier / Photos de Davy Koutiangba

C’est dans son atelier qu’elle partage avec huit autres artistes que nous avons rencontré Johanne Lovera, artiste, dessinatrice et peintre. Elle nous parle de ses créations, de son rapport à l’art et ce qui l’a finalement conduit au dessin.

Septmille : Comment as-tu commencé le dessin ?
Johanne Lovera : « Je crée depuis toujours. J’ai fait beaucoup de musique pendant pas mal d’années et le dessin est arrivé un peu par hasard il y a deux ans suite à un burnout. Je dessinais déjà comme un hobby, mais je n’avais jamais pensé que je dessinerais d’une manière plus assidue et que j’en ferais des expos. »

Spt : Tu as fait longtemps de la musique avant le dessin et la peinture. Quels liens y a-t-il entre ces domaines ?
J.L. : « Je pense que le lien entre les arts, c’est la création. Je suis quelqu’un qui a toujours eu ce besoin de créer. La musique, c’est vraiment depuis que je suis petite. J’ai toujours aimé chanter. Je me rappelle, quand j’avais 7-8 ans, je m’enregistrais sur des cassettes et je prenais un deuxième appareil à cassettes sur lequel j’enregistrais des secondes voix. J’avais déjà cette démarche-là à cet âge et je dessinais également,… J’ai toujours créé d’une manière ou d’une autre parce que c’était un besoin. Je me rends compte qu’en vieillissant, ce besoin est de plus en plus présent et est à un point où il est devenu aussi fort que dormir, manger, boire, etc. Je dessine tous les jours, c’est plus fort que moi, je ne sais pas m’en empêcher. »

Spt : Est-ce que dessiner t’a aidé à te sentir mieux en cette période particulière ?
J.L. : « Je pense que le dessin m’a certainement sauvée de beaucoup de choses, entre-autre du burnout au boulot, mais également pour le confinement. Beaucoup de choses un peu particulières sont arrivées avec le confinement et mes dessins, comme le petit personnage « Hope » qui est un peu arrivé de nulle part un soir et qui est magique. Ça a été vraiment un signe pour moi me disant que le dessin était la voie dans laquelle je devais aller. »

Spt : Qui est « Hope » ?
J.L. : « « Hope », c’est de l’espoir. C’est un petit personnage sur un bout de papier que j’ai distribué pendant le confinement. J’en ai distribué plus de 3000 à l’heure actuelle et je continue à en faire. »

Spt : Une anecdote par rapport à « Hope » ?
J.L. : « Mon dealer d’espoir, qui est chirurgien à Erasme, continue à en donner à l’heure actuelle à ses patients lorsqu’il fait une greffe. C’est un beau geste par rapport à l’espoir pour ces personnes qui viennent juste d’être greffées. »

Spt : Parle-nous de ton atelier.
J.L. : « Je suis ici depuis un mois avec huit autres personnes. Avant ça, j’étais chez moi et c’était un peu galère parce qu’il fallait travailler sur la table de la salle à manger,… Chez moi, j’ai un tout petit bureau mais ce n’est pas suffisant point de vue de l’espace. Je vais pouvoir travailler sur des plus grands formats ici, chose que je m’interdisais vu que je n’avais pas l’espace avant. Et pouvoir me remettre à la peinture et tester de nouvelles choses grands formats. »

Spt : Quel est l’apport d’un lieu partagé avec d’autres artistes ?
J.L. : « C’est juste magique parce qu’on a tous des expériences, des vécus, des connaissances différentes et il y a un échange et une énergie assez incroyables. Et puis on échange énormément. Déjà en un mois j’ai l’impression d’avoir fait un bon d’un an rien que dans l’apprentissage. »

Spt : Parle-nous de ton expo.
J.L. : « J’expose au Magasin de papier qui est à Mons, rue de la Clé.» (Ndlr : l’interview a été réalisée en mars, l’exposition est malheureusement terminée.) « C’était un grand rêve pour moi d’être exposée là-bas parce que l’endroit est juste magique : des grands murs blancs, le sol est juste incroyable et il se dégage quelque chose de cet endroit. C’est vrai que ça fait longtemps que j’avais envie d’exposer là-bas et, voilà, c’est chose faite. Je suis super contente ! »

Spt : Et que y exposes-tu ?
J.L. : « Deux ans de travail avec surtout la découverte de la couleur. Quand la couleur est apparue, ça a été un peu l’explosion ! Il y a pas mal de dessins très colorés et puis aussi des cadres tournants, vu que ce sont des dessins qu’on peut voir un peu dans tous les sens. C’est vraiment l’aboutissement d’idées d’il y a très longtemps. Comme les cadres, c’est « Hope » mais revisitée pour l’exposition. Et puis, ce sont des nouveaux travaux dans la couleur et aussi dans la découpe, dans le travail avec les ombres, avec les transparences qui est vraiment assez récent et ce sont des choses vers lesquelles j’ai envie d’aller. »


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